Rechercher dans ce blog

mercredi 24 août 2011

Manifeste d'un citoyen




"Je ne vote pas, la politique, ça ne m'intéresse pas : les hommes politiques sont tous des pourris, et quoi qu' on y fasse, rien ne changera. Du moment que l'on me laisse tranquille, que l'on me laisse profiter des choses que j'aime, je ne demande rien à personne"; telles ont été les paroles d'une amie au cours d'une discussion.

Je n'ai pas pu m'empêcher de réagir.

Le désintérêt des citoyens pour la politique n'est pas chose neuve, et il traduit à mon avis deux maux profonds.

"Les hommes politiques sont tous des pourris"

Le premier est la perte de confiance dans le système politique et dans les hommes politiques. Qui pourrait ne pas les comprendre ? Certains politiciens ont eu maintes fois l'occasion de nous montrer qu'ils n'étaient pas là par conviction mais par intérêts. Qui plus est, le non-renouvellement des hommes politiques accentue cette impression d'impuissance du peuple vis-à-vis de politiciens qui, de plus en plus, évoluent en castes, intouchables et supérieurs à la loi. Depuis combien de temps les cinq premiers hommes politiques de France sont-ils dans le paysage français ? Nicolas Sarkozy, depuis les années 1970, François Bayrou depuis les années 1980, Ségolène Royale depuis les années 1980 aussi. Enfin, bon nombre d'hommes politiques actuels ont déjà perdu une élection et se représentent lourdement, encore et encore...
     En conséquence, les partis mutent en partis dévolus à un homme, d'avantage qu'en partis dévolus à une vision, ou une idée, qui est fondateur du rassemblement politique : un regroupement d'individus qui s'entendent sur une idée de ce que doit être la Chose Publique. Dès lors que le parti devient l'instrument d'un homme, il devient aussi son arme, un véritable instrument de pouvoir, et non un moyen de promotion du débat et de pédagogie au service de l'idée défendue. La différence est grande, car un parti d'idée gardera une direction cohérente propre à sa vision et ne s'en détournera pas; le parti de l'homme, lui, tombera nécessairement dans la bassesse électoraliste, court-termiste, de réponse à des intérêts privés qui iront à l'encontre des intérêts collectifs [1]. Ce parti s'écartera de l'éventuelle vision pour s'assurer du maintien au pouvoir de l'homme et non de l'idée, écrasant au passage tout cohérence qui pouvait rendre la politique et l'économie efficace.

"Quoi qu'on y fasse, rien ne changera"

Le second mal est selon moi la fin des consciences sociales et des idéaux communs. Cela englobe deux tendances : d'une part, ces mouvements spontanés de pans entiers de la Société ; comme par exemple Mai 68, ou dans un autre registre Woodstock. Ces deux évènements sont l'expression d'idéaux communs motivants et justifiant le regroupement spontané. Ces idéaux  collectifs sont générateurs de lien social fort, et leur absence cause ou traduit un renfermement extrême de soi sur sa propre sphère du privé; en quelque sorte un autisme social.
    D'autre part, la tendance à la fin de la lutte des classes, au sens marxiste du terme : l'analyse marxiste de l'histoire, l' "analyse dialectique", met au jour des forces contraires et opposées dans chaque forme de société. selon cette grille de lecture, si l'on regarde notre société actuelle, on se rendra compte que l'on a bien la classe dite bourgeoise, aisée et élitiste, qui est présente dans les plus hautes sphères de l'économie et la politique, et dont la conscience existe toujours belle et bien, plus que jamais. De l'autre côté on a un classe moyenne très étirée d'un point de vue des richesses, qui compose le gros de notre société. Cette classe moyenne, cependant, ne possède aucune conscience de classe, à l'instar de "patates dans un sac de patates" pour reprendre Marx à propos des paysans. Enfin, la classe inférieure, reliquat de ce qui fut la classe ouvrière avec sa conscience de classe déclinante, du fait notamment des difficultés de (sur)vie, et du manque de syndicalisation. En conséquence, les courants de pouvoirs sont principalement favorable à la classe supérieure, tandis que les autres classes,du fait de cette désyndicalisation, évoluent indépendamment, séparément, sans chercher à savoir où peuvent être leurs intérêts communs, et focalisés sur leur sphère privée uniquement.

"Du moment que l'on me laisse tranquille, que l'on me laisse profiter des choses que j'aime, je ne demande rien à personne".

Ces deux maux, peuvent avoir de graves conséquences : les partis dédiés aux hommes et non aux aux idées peuvent tomber dans des travers tels que le népotisme, la promotion d'intérêts individuels contraires aux intérêts du peuple, la limitation de la liberté individuelle à un espace de plus en pus restreint, bref, la perte de la Démocratie, au profit, à terme, d'une autocratie. Ce cas s'est déjà présenté, remémorons-nous en. Les conditions dans lesquelles s'est déroulé cet échec de la démocratie étaient étonnamment proches de celles que nous connaissons : une crise économique et une crise internationale, avec le retour des démons nationalistes. Certes, le raccourci est facile, mais il est salvateur. En gardant en tête les grandes erreurs que l'homme a pu faire, on évite ainsi de les renouveler. La fable de "Matin Brun" de Franck Pavloff en donne un bon exemple : c'est par la peur et la focalisation sur son unique intérêt individuel à court-terme que les peuples des démocraties acceptent de disparaître. Rappelons-nous la terrible expérience de Milgram, et des 65% de ces quidams qui poussent à la dose mortelle.

L'Homme contient en lui les racines d'un mal profond, notamment lorsqu'il vit en société, comme le dit Rousseau, mais je suis personnellement convaincu que l'Homme contient aussi en lui les plus beaux remèdes, les plus belles pulsions et qu'il ne faut pas désespérer de lui [2]. Il faut cependant préserver avec attention les travers vers lesquels l'Homme de pouvoir aura tendance à pousser la Société dans son ensemble, et avec elle, grâce au poison de ses mots et à la perfidie des peurs qu'ils soulèvent le Démocratie et les valeurs tant chéries de Liberté, d'Egalité, et de Fraternité.
    Je ne vais pas paraphraser Hessel et son "Indignez-vous !" et "Engagez-vous !". Cependant, le fait que ce livre ait été écrit maintenant traduit bien d'un malaise vis-à-vis du politique; de même, la réponse "Aux actes citoyens !" de A-Y. Portnoff et H. Seyriex souligne ce besoin de ré-engagement du citoyen dans la vie politique.
Est-ce la faute des hommes politiques ? Oui, en partie au moins, parce que pour bon nombre, à tous les niveaux, ils ne sont au service que de leur carrière; parce qu'ils ne sont plus pédagogues non-plus, de droite ou de gauche, et parce que, loin s'en faut, ils ne sont plus exemplaires. Il y a certes un devoir du citoyen à participer au débat qui a lieu dans la cité, mais il y a une mission précise pour l'homme politique à se tourner vers le peuple spectateur, et non à s'offrir au plus offrant ou à s'occuper de jeux nombrilistes complètement dépourvus d'idéaux, évoluant en suspension au milieu de toute chose telle une bulle de savon, détachée de toute réalité.
On ne peut pas non plus attendre de l'homme qu'il soit naturellement bon et fidèle à ses paroles; il est plus raisonnable et moins dangereux de considérer que Rousseau disait vrai, que l'homme à l'état de Société se corrompt, et chercher à cercler la chose politique : matérialiser les principes par les lois. Quels sont ces principes ?

- Exemplarité, parce que l'homme politique doit être un citoyen aux moeurs irréprochables et le plus fidèle appliquant de la loi
- Service, parce que l'homme politique n'est pas en soi, il est dévolu à ces fonctions par conviction pour la Société et désigné par le peuple
- Temporalité, parce que l'homme politique appartient, comme n'importe quel autre homme, à un intervalle de temps, parce qu'il vieillit et ses idées avec lui, et parce que d'autres hommes sont derrière à la relève.
- Équilibre, parce que l'erreur est humaine, et qu'il n'y a pas une bonne vision et une mauvaise, une Société équilibrée en principes et idéaux ne doit pas être fille d'un unique point de vue.

Ainsi pour sauvegarder ces principes, le peuple peut les décliner en lois :
- L'interdiction d'exercer une fonction politique si l'individu a un casier judiciaire
- Interdiction du cumul des mandats politiques et des fonctions
- Refonte des systèmes d'Emploi-retraite de la fonction politique, avec indexation uniquement sur la plus haute des retraites
- Indexation des indemnités sur la croissance et l'inflation
- Interdiction de ré-évaluation auto décidée par le corps politique de ses indemnités
- Interdiction de renouvellement de sa candidature à une fonction supérieure (député, sénateur,...) en cas de défaite
- Obligation d'assignation d'un membre de l'opposition à la tête de chaque institution d'observation indépendante (Défenseur des Droits, CSA, ...)

"Et tu y crois vraiment, toi ?"

Mes amis me demandaient si j'étais convaincu que l'Action politique pouvait réformer l'Action politique. J'en suis convaincu. On peut combattre certains maux de la Société avec les seules armes démocratiques. Certains de mes amis, plus extrêmes, ne prônent que l’insurrection armée. Je ne suis pas d'accord. Le système politique français offre tellement de moyens de parvenir à se faire entendre. Cela demande conviction, et du temps, mais c'est tout à fait possible. La lutte armée, ne peut pas être un aboutissement démocratique. Comme à chaque action ou dans chaque projet, il faut procéder par étape. La première, c'est d'écouter et de s'intéresser.


Le peuple des pauvres J-F Favre, 2008


[1] : Voir A. Tocqueville dans De la démocratie en Amérique Vol. 1
"Les partis sont un mal inhérents aux gouvernements libres. mais ils n'ont pas dans tous les temps le même caractère et les mêmes instincts. Il arrive des époques où les nations se sentent tourmentées de maux si grands, que l'idée d'un changement total dans leur constitution politique se présente à leur pensée. Il y en a d'autres où le malaise est plus profond encore, et où l'état social lui-même est compromis. C'est le temps des grandes révolutions et des grands partis.
[...] Quoi qu'il en soit, il arrive des époques où les changements qui s'opèrent dans la constitution politique et l'état social des peuples sont si lents et si insensibles que les hommes pensent être arrivés à un état final; l'esprit humain se croit alors fermement assis sur certaines bases et ne porte pas ses regards au-delà d'un certain horizon. C'est ce que j'appelle le temps des intrigues et des petits partis."

[2] : Voir A. Smith dans Théorie des sentiments moraux :
"Aussi égoïste que l’homme puisse être supposé, il y a évidemment certains principes dans sa nature qui le conduisent à s’intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoiqu’il n’en retire rien d’autre que le plaisir de les voir heureux. De cette sorte est la pitié ou la compassion, c'est-à-dire l’émotion que nous sentons pour la misère des autres, que nous la voyions ou que nous soyons amenés à la concevoir avec beaucoup de vivacité. Que souvent notre chagrin provienne du chagrin des autres est un fait trop manifeste pour exiger des exemples afin de le prouver."



vendredi 19 août 2011

L'Allemagne est-elle un modèle à suivre ?

La crise de la dette actuelle nous montre une situation ubuesque : les Etats Européens, qui ont accepté de s'endetter pour sauver les banques de leurs erreurs, payent maintenant le prix fort de cet endettement, à nul autre que ceux à qui ils ont évité la mort. Et dans cette situation exceptionnelle, une nouvelle hiérarchie des Etats a émergé, avec les sempiternelles distinctions entre les dispendieux, et les bons élèves.

A la tête des "bons élèves", l'Allemagne. On a donc le droit à énormément de mise en avant de l'Allemagne, et de son exemplarité, avec son industrie qui exporte, elle, et qui crée une balance commerciale excédentaire.

L'Allemagne mérite-t-elle d'être érigée en exemple ?

L'Allemagne est une belle nation, avec une industrie forte, et un système qui, sur le plan international, a su faire ses preuves. En effet, avec un PIB de 2900 milliards d'euros en 2010, l'Allemagne est la première économie Européenne, la "Locomotive" de l'Union. Le problème, c'est que pour arriver à un tel niveau, l'Allemagne a dû opérer des réformes sociales très fortes, qui ont non seulement paupérisé la partie la moins bien lotie des salariés, mais qui aujourd'hui la placent dans une situation de détachement vis-à-vis des pays européens qui n'ont pas engagé de réformes similaires... étrangement, c'est donc entre les mains de la moins pro-Européenne des nations fondatrices que l'UE a placé son avenir.

Le phénomène des "Travailleurs pauvres" (Working poor en Anglais ou Ewerbsarmut en Allemand) n'est pas nouveau : il est apparu dans les années 1980, avec la libéralisation des marchés du Travail, et plus particulièrement dans les années 2000 en Allemagne . Leur nombre, en croissance depuis ces années, en a fait un indicateur retenu par le Conseil Européen pour mesurer la pauvreté. Est considéré comme Travailleur pauvre "les personnes qui vivent dans un ménage dont le revenu équivalent se situe sous un « seuil » de pauvreté égal à 60% du revenu médian national équivalent" (source), autrement dit, ceux qui, tout en ayant un travail, vivent sous le seuil de pauvreté (ayant un travail correspond à un emploi durant plus de la moitié de l'année).

Je comptais réagir à l'article du Figaro - alarmant. Pour autant, ayant vu passé des chiffres différents, et le niveau donné par le Figaro, 20%, me paraissant incroyablement haut, j'ai fait un peu de recherche statistique.
L'Allemagne comptait environ 6% de travailleurs pauvres en 2001 (voir Tableau 1sur ce document), et ce niveau était en 2009 6.8%, la France 6.7% :



Pour éclairer les propos du Figaro, le chiffre montré - le 20% est en fait le nombre d'actifs risquant de tomber dans la pauvreté (source - en anglais), ce qui n'est pas tout à fait la même chose, voire même sensiblement différent. Pour être sûr de ce que j'avance, il suffit de faire un simple calcul : le Figaro propose  20% des travailleurs allemands comme travailleurs pauvres, donnant aussi le chiffre de 6,5 millions d'individus; un rapide calcul nous porte à une population active de 32,5 millions alors que celle-ci était de 42,5 millions en 2008 et qu'elle a augmenté ou stagné depuis. Une erreur de 10 millions...Le niveau ahurissant de l'Allemagne est donc en fait à peu près le même qu'en France (pour avoir une vue d'ensemble et de comparaison des deux pays).

Cependant, le 20% mis en avant par l'Allemagne reste un niveau très haut, témoignant d'une certaine fragilité d'une population "sur le fil du rasoir" (pour autant, pas sûr que le niveau français soit plus bas). Comme abordé dans un article précédant, le marché du travail allemand n'est pas identique à celui de la France, et ne repose pas sur les mêmes principes : il n'existe pas de salaire minimum en Allemagne, celui-ci étant discuté branche par branche entre syndicats, généralement très puissants, et patronat. Pour autant, l'indice des coûts de la main d'oeuvre sont sensiblement les mêmes entre la France et l'Allemagne (le tableau).

Si les syndicats sont effectivement très puissants dans l'industrie Allemande (jusqu'à 90% de salariés syndiqués), ils le sont beaucoup moins dans le secteur du service. L'afflux massif, lors de la réunification, de main d'oeuvre peu qualifiée a fait chuter les salaires dans ce secteur (source), tandis que les mesures proposées par Gerard Schröder ont achevé d'abaisser les minima sociaux dans les postes peu qualifiés du tertiaire; la mesure la plus emblématique étant les "1EuroJobs", ces emplois payés un euro de l'heure en contrepartie de protection sociale.

Ce sont ces extrêmes qui brouillent la lecture de l'économie Allemande. Le 1EuroJobs paraît être une mesure de trop, car elle dévalue le travail du salarié qui en a besoin (voir l'article sur les propositions du RSA).

Bilan ? Alors, même si j'étais parti pour remettre en cause la politique sociale de l'Allemagne, sur la base de l'article du Figaro, force est de reconnaître que l'Allemagne possède de nombreux atouts. Le pays dispose effectivement d'une industrie bien positionnée, reconnue pour la qualité de ses produits, avec des rémunérations des salariés plus hautes, du fait notamment d'une syndicalisation plus importante. Cette industrie, dotée d'un fort esprit paternaliste, arrive à réussir sur la scène internationale tout en maintenant de justes rémunérations salariales. Une nuance, cependant, car les principaux partenaires commerciaux de l'Allemagne restent des pays de l'UE, et plus particulièrement de la zone Euro.

L'Allemagne a cependant du travail sur le plan du tertiaire, en proie à de bas voire très bas salaires, et à un positionnement moins réussi que celui de l'industrie.


L'Allemagne est donc réellement en forme par rapport à ces voisins Européens; elle ne devrait cependant pas oublier où sont ses intérêts - qui sont ses clients et ses consommateurs : l'Europe des dispendieux lui procure toujours des débouchés.

lundi 15 août 2011

Faut-il avoir peur de la Chine ?



Les récents évènements, la crise des dettes Européennes, la dégradation du Triple A Américain, les troubles en Syrie, ... ont occulté la mise à flot du premier porte-avion Chinois (mais pas made in China) (source).
Ce baptême, bien que passé inaperçu, est fort en significations. La Chine ne veut plus s'arrêter à la simple croissance de son poids économique, mais fortifier aussi ses positions militaires, une politique de puissance ambitieuse. La Chine était jusqu'à maintenant le seul membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU à ne pas avoir de porte-avion, moyen d'assurer une intervention armée partout. A travers ces ambitions et ce baptême, doit-on voir un nouveau pas du géant de l'Asie vers le sommet des pouvoirs mondiaux ?

Je suis de ceux, peut-être à tord, qui pense que l'on ne doit pas avoir peur de la Chine. Mais rappelons tout d'abord le contexte. La Chine s'étend sur 9,6 millions de kilomètres carrés, et comprend 1,35 milliard d'individus. Son PIB en 2010 est de 4500 milliard d'euros et sa croissance moyenne depuis 5 ans de 9.5% environ. Autant d'indicateurs économiques qui flattent le futur de la Chine.

Rappelons aussi le contexte politique de la Chine. La Chine, même si elle a adopté le "socialisme de marché" depuis 1978, reste une dictature, conduite par (l'unique) parti politique, le PCC ou Parti Communiste Chinois. Celui-ci gère 56 ethnies différentes, et mène une politique toujours musclée, en interdisant certains sites internet par exemple, en emprisonnant les journalistes ou citoyens qui pousseraient la critique trop loin. 


Voila pour le tour, succin, du propriétaire. Plongeons-nous dans l'autre Chine maintenant, celle qui va derrière les chiffres mirobolants de son économie. 

Tout d'abord, la diversité des ethnies n'a d'égales que les inégalités qui règnent entre elles. Si la côte orientale est bien au XXIeme siècle, l'intérieur du pays est paysan, pauvre et le plus souvent oublié (à voir une archive de 2007 du monde diplomatique). Comme une image de Moyen-Age. Le pays, tenu d'une main de fer par son parti politique, est en proie à de profonds troubles dans les régions les plus éloignées du centre, comme la Mongolie Intérieure, en Mai dernier (source). Incapable de redistribuer les richesses générées par les mégalopoles, les régions occidentales se paupérisent (source un peu vieille), et les inégalités augmentent. 
La Chine est un patchwork culturel et ethnique. Cela représente selon moi le premier frein à la croissance "débridée" (sans mauvais jeu de mots) de la Chine : elle est une nation maintenue comme telle par un pouvoir centralisé, mais cela reste de l'artifice (source). En elle-même, ni la langue, ni la volonté des peuples ne sont présents pour fonder le concept de nation (voir la carte).

Ce premier frein ne poserait pas de problème dans l'avancée de la Chine si son modèle dictatorial et centralisé ne souffrait pas d'un affaiblissement parallèle de son influence. Cela constitue le deuxième frein au développement de la Chine : dans les contrées les plus riches, et connaissant un réel développement (que je distingue bien de la croissance), les classes moyennes gagnent une place croissante.



Cette classe moyenne est de plus en plus éduquée, de plus en plus avide de sa part du gâteau que représente la croissance à marche forcée de la Chine. De plus en plus, on entend (notamment par les jeunes) des mécontentements (lire la note de l'IRIS), et cela s'est fait encore plus ressentir avec la "révolution de Jasmin". La corruption, un mal non-endigué en Chine, devient de plus en plus visible par les citoyens qui pour l'instant ne clament leur raz-le-bol que sur internet (source; source2). Le PCC a aussi de plus en plus de mal à définir la politique à suivre face à ce mouvement, qui vient finalement du peuple même (source). Avec le développement des forces des classes moyennes, le pouvoir central chinois finira par s'effriter. 

Supposons maintenant la chute de la dictature chinoise. Supposons que sous les effets, les bourrasques répétées d'une population excédée par les bassesses morales des extrêmes dans lesquelles la Chine se trouve (exemple), le PCC rende les armes. Qu'en est-il de l'économie chinoise ?

Avec un taux d'inflation de 10% actuellement, et un Yuan dévalué, la Chine se met à l'abris des spéculations qui touchent l'Europe et le continent américain. Mais l'inflation "galopante" a un premier effet (source) : la colère des populations qui voient leur pouvoir d'achat diminuer, tandis que les salaires ne suivent pas (on en revient au premier frein sur le mécontentement des populations). Mais un deuxième effet commence à se propager : devant cette inflation, une partie des plus riches en Chine se tourne vers l'Or, cette "relique barbare" pour citer Keynes (source). Le problème est que l'or n'est ni un investissement, ni une consommation, c'est une forme de thésaurisation. Plus problématique encore, il est devenu une valeur spéculative avec la crise de la dette, l'once ayant dépassée depuis plusieurs semaines les 1500$. Si sa valeur venait à chuter d'un coup, ce seraient autant d'"économies" (savings) qui passeraient à la trappe. C'est pour moi le troisième frein à terme à la croissance chinoise.
De plus, la compétitivité de la Chine à l'internationale tient beaucoup à sa monnaie, dévaluée. Si celle-ci ne l'était plus, une grande partie de sa croissance liée aux exportations massives seraient pénalisées. Avec les perturbations actuelles qu'elle connaît, le yuan est lui aussi dans le trouble (source).

Après le point de vue macro-économique, voyons maintenant le point de vue microéconomique des entreprises occidentales. La Chine a longtemps été "the place to be" pour bon nombre de groupes industriels. Pour autant, le miracle chinois s'est vite, pour partie, révélé être un mirage : comme souvent, les consultants et les experts poussant à la délocalisations sont performants dans l'évaluation comptable des coûts, et donc des gains. Mais ils pêchent aussi par le manque d'information de terrain. La Chine présente des coûts cachés énormes; corruption en tout genre, perte de qualité des produits, et délais logistiques. Ces trois points ont conduit à un mouvement de relocalisations, certes ponctuel mais en croissance, des entreprises occidentales. J'ai rencontré un manager chez Bosch qui disait que le groupe préférait absolument éviter la Chine, dont les pertes en qualité de produit allaient à l'encontre de ses prérogatives et de son image. Pour un autre exemple : ne voit-on pas Zara détrôner H&M du fait de ses délais logistiques plus courts, permettant de répondre à une demande de plus en plus fluctuante ? Le format que l'économie actuelle prend, à travers une demande "immédiate" et changeante, impose une relocalisation pour pouvoir y répondre efficacement. C'est ce que je pense être le quatrième frein à la croissance chinoise.

Enfin, et c'est mon dernier point. La Chine est actuellement une puissance manufacturière, qualifiée d'atelier du monde, certes en passe de progresser vers des produits à plus forte valeur ajoutée, mais qui demeure pour l'instant maîtresse du made in china de piètre qualité. Voyez les crises guettant les pays européens, et voyez ce tableau, récapitulant les dix premiers partenaires commerciaux de la Chine en 2008 (le tableau). La première pensée qui me traverse l'esprit est : n'y-a-t-il pas un risque de crise de surproduction en cas de chute de la consommation occidentale ? Quels effets aurait une atrophie des économies occidentales ? 


Vu de loin, la Chine est impressionnante. C'est un rouleau-compresseur, un peuple en éveil, qui ne demande qu'à consommer. Les analyses sont toutes des poèmes vantant les mérites d'un système qui a su décoller-rattraper-dépasser les économies européennes. Il faut pour autant faire attention aux analyses sur la Chine. Non pas que celle que je propose soit d'une quelconque originalité, mais on n'est pas à l'abri d'une surprise à la Lehman Brothers. Il faut se méfier de ces analyses, et les confronter avec d'autres avis, plus sceptiques (peut-être à tord). Je fais parti de ceux-là.

jeudi 11 août 2011

Pour réunir les fidèles, rien de telle que la bonne vieille rengaine

Toujours prompte à dégainer une mesure stigmatisant les plus modestes, l'UMP nous offre de beaux exemples ces derniers temps.

En juin dernier, Laurent Wauquiez proposait d'imposer cinq heures de travail par semaine aux allocataires du RSA. Déjà, le ton est donné avec ce projet de loi : l'allocataire devient un fraudeur présumé; après tout, "l'assistanat" est une vieille rengaine que l'on est habitué à entendre, et on connaît l'empathie de l'Union pour un Mouvement Populaire envers les indigents. 

Déjà abordé dans mon article en réponse à Monsieur Taquet, le concept du Travail est large et complexe. Il est certain que le Travail ne peut être réduit au seul revenu qu'il génère. Il est bien plus que cela, il est générateur de lien social, d'estime de soi, et facilite le sentiment d'appartenance à la société. Qui est responsable de l'insertion d'un allocataire ? Le bénéficiaire ou la Société ? Aujourd'hui, il y a 600.000 allocataires du RSA ayant un travail, et 1.1 million qui n'en n'ont pas (Les chiffres). Bien souvent, et dans la majorité des cas, le bénéficiaire du RSA est une femme seule avec enfants. Dans ce cas là, par exemple, qu'est-il préférable pour la Société ? Qu'une mère éduque ses enfants ou qu'elle aille faire sa "corvée" ?

Mettons-nous dans une optique Malthusienne, pour aller vers les extrêmes les plus à droite (Biographie de T.R. Malthus) : selon lui, "il faut désavouer publiquement le prétendu droit des pauvres à être entretenus aux frais de la société", car les indigents nés de parents qui ne peuvent subvenir à leurs besoins n'ont pas leur place dans la société, et au contraire, l'appauvrissent, en vivant à son crochet. Malthus, dans la lignée de ses confrères classiques propose donc de cesser toute loi protégeant l'indigent, pour que son accroissement soit stoppé par les lois de la nature.
Dans cette optique purement Malthusienne, la Société ne doit-elle pas faire tout son possible pour que les enfants des indigents ne deviennent pas eux-mêmes indigents ?



Le problème des indigents n'est pas nouveau, et les points de vue de l'UMP sont plus qu'éculés : dans "la métamorphose de la question sociale" (1996), le sociologue Robert Castel revient sur la question de l'indigence et des différents traitements dont elle a pu faire l'objet. « Vagabonds sont gens oiseux, faitsnéantz, gens sans adveu, gens abandonnés, gens sans domicile, mectiers et vacations et, comme appelle l’Ordonnance de police de Paris, gens qui ne servent que de nombre, sunt pondus inutilae terrae » (sont le poids inutile de la terre). Parmi les politiques mises en place pour lutter contre cette "lèpre du royaume", on retrouve le bannissement, et la peine capital (l'élimination directe de l'indigent). Cependant ces peines ne parviennent à résoudre le problème : de ce fait, on va rendre utiles les inutiles de la Société, en les forçant à partir de 1367 à exécuter des travaux publics, enchaînés "deux à deux" comme le précise François 1er en 1516. Les plus intéressantes seront les mesures du bord de Seine et celles des Tours de la Faim en Ireland. 
Refusant l'accès à des allocations sans travail, on met en place les mesures suivantes, décrites par Robert Castel :



« Le travail, comme les exercices religieux auxquels il est toujours associé dans les établissements de travail forcé, vaut au moins autant pour ses capacités moralisatrices que pour son utilité économique. L’exemple limite de cette fonction disciplinaire du travail est donné par le Rasphaus d’Amsterdam, fondé à la fin du XVI° siècle : les oisifs récalcitrants sont enfermés dans une cave inondée et doivent pomper frénétiquement l’eau pour éviter la noyade : valeur rédemptrice maximale du travail, pour un bénéfice économique nul.

Cette attitude survivra au triomphe du capitalisme industriel. Au XIX° siècle,  on appelle en Irlande « Tours de la faim » des édifices que devaient construire, puis détruire, les indigents bénéficiaires de distribution de pommes de terre : plutôt que de distribuer gratuitement les pommes de terre, on exigea d’eux un travail pour y avoir droit. On n’en trouva pas. Alors on leur fit construire des tours en rase campagne. Ces tours inutiles furent appelées tours de la famine. Et comme les tours de la famine furent debout avant que la famine cessât, on chargea les chômeurs de les démolir. »

Il serait temps de changer de refrain, parce que les propositions que vous faites, Monsieur Wauquiez, même si elles ne sont d'aucune commune mesure avec celles mentionnées plus haut, sont de la même engeance et dans la même logique.



Pour mémoire, la droite avait déjà tenté de lier une obligation de travail au RMI (et le modifier en RMA - le Revenu Minimum d'Activité) , et Roselyne Bachelot de dire de cette prestation qu'elle "ne pouvait s'apparenter à une camisole de force". En 2003, Christine Boutin, lors des débats sur le RMA s'était opposée au RPR : "On donne le travail sans le statut de travail (...) : les RMistes se vivront comme des gens dont le travail ne mérite pas un vrai salaire".
Je serai attentif aux réactions de Mesdames Boutin et Bachelot au Parlement sur le sujet. La réaction de M. Hirsch, père du RSA, est elle aussi intéressante (l'article de la Tribune) : pourquoi imposer un travail d'insertion alors que le RSA génère des excédents (999 millions d'euros en 2010) et que ce travail obligatoire risque de fragiliser le recours aux contrats aidés de 25h ? Dans l'optique du démarrage de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy pour sa réélection, une telle mesure laisse sceptique quant à son honnêteté intellectuelle.



Plus récemment, c'est cette idée très probablement anticonstitutionnelle (L'article du monde), que nous a proposé M. Mariani : le fichage des allocataires, prétendument pour lutter contre la fraude aux allocations. Ce serait au total 15 millions de Français qui seraient fichés.

Le but est louable : la fraude aux allocations représente une perte sèche de 3 milliards d'euros. Soit-dit en passant, la fraude aux cotisations par les employeurs, qu'elle soit volontaire ou non, représente 8 à 16 milliards d'euros annuels. On ne se serait pas trompé de cible ? 

mercredi 10 août 2011

Réponse à Monsieur Delsol sur son article "Surtaxer les riches : la fausse bonne idée" paru dans les Echos le 10/08/2011

Mon grand-père, avec lequel j'ai des débats parfois houleux sur la politique économique, m'a envoyé ce matin cet article, de Jean-Philippe Delsol, administrateur délégué à l'Institut de Recherche Economique et Fiscale.


Dans cet article, l'auteur veut faire la démonstration du principe de la courbe de Laffer (sans le citer d'ailleurs), théorisant la maxime de l'économiste du même nom, Arthur Laffer, "Trop d'impôt tue l'impôt".




Selon cette idée, il existe un point, (T;M) sur la courbe en l'occurrence, qui maximise les recettes fiscales. Au delà, la pression fiscale est telle qu'elle provoque une fuite des plus riches vers des pays plus propices et une incitation à la fraude fiscale. Le problème est que ce niveau T d'imposition du revenu n'est  connu empiriquement par personne; il est fonction des périodes, des cultures des pays, etc... La France fait partie des pays où la fiscalité est la plus dure, mais nous y sommes habitués, et le système social est (pour l'instant) suffisamment performant pour qu'il justifie à lui seul le prélèvement d'impôts supérieurs. Si l'explication de Laffer est intuitive, le fait que ce taux optimal d'imposition T soit inconnu la rend difficile à mettre en pratique.

La courbe de Laffer a provoqué beaucoup d'émois, en particulier chez les économistes de l'offre, les néo-classiques, parce qu'elle apparaît plus comme un outil politique que comme une véritable démonstration économique (la présentation complète). C'est d'ailleurs, pour l'anecdote, pendant un dîner que Laffer présenta sa courbe à Reagan. Pour prendre une citation intéressante de l'article présentant la courbe de Laffer :

  • "La baisse des impôts de Reagan s'est accompagnée d'un accroissement des rentrées fiscales : de 1982 à 1989, les recettes fiscales réelles ont augmenté de plus de 30%. Les impôts perçus à tous les niveaux de l'administration ont été dans une proportion remarquablement constante du PIB durant les 30 dernières années, en dépit des nombreux changements significatifs intervenus dans les structures fiscales de la fédération et des Etats. Les recettes fiscales en proportion du PIB représentaient un tout petit peu moins de 30% en 1982 ; en 1989 elles étaient un tout petit peu plus de 30% du PIB. On ne peut en aucun cas assimiler la baisse des impôts à une baisse des revenus fiscaux en proportion du PIB."


Maintenant, venons-en à la démonstration de Monsieur Delsol, peut convaincante à mon goût. D'abord, mettons au clair l'avalanche de chiffres qu'il nous fait parvenir :


Maintenant que c'est plus clair :
"Lorsque les présidents Hoover puis Roosevelt portèrent les taux supérieurs d'imposition sur les revenus à 63 % en 1932 puis 79 % en 1936, la contribution de 1 % des foyers les plus aisés fut quasi stable, passant de 1,1 % du PIB en 1928 à 1 % en 1940", autrement dit, il y a eu une hausse de 0.1% de la contribution des plus aisés 4 ans après le changement de fiscalité en 1936 (jusqu'en 1936, le taux était de 63%, à partir de 1936 il passa à 79%). Mais de conclure que l'exemple n'est pas bon, parce que "la Grande Dépression continuait de détruire la société américaine que seule l'économie de guerre allait sauver". En somme que l'état de l'économie importante aussi sur les rentrées fiscales.

C'est ce qui me gêne autant dans les déclarations de Monsieur Delsol : le raisonnement, à travers les chiffres donnés, se fait ceteris paribus, c'est à dire toute chose égale par ailleurs, alors que les périodes mentionnées ne sont pas du tout les mêmes en terme de croissance, d'inflation, etc.
Attribuer de facto une corrélation entre ces deux éléments me semble précipité; c'est l'exemple des taches solaires : il y a des crises à chaque tache solaire, c'est donc que l'activité solaire influe sur l'activité économique.
Non, d'un point de vue statistique, le parallélisme de deux séries n'est pas un critère suffisant à l'établissement d'une corrélation.

Mais passons outre. Le message de l'article de Monsieur Delsol est, si je  ne m'abuse : N'augmentons pas les impôts, cela pourrait avoir un effet négatif sur les recettes, du fait de l'évasion fiscale et de la fraude fiscale. Oui, mais :
  1. La crise actuelle touche presque tous les pays de la zone euro, et les efforts via une augmentation des impôts va très probablement être opérée dans tous les pays, limitant ainsi l'opportunité de l'évasion fiscale.
  2. Avec une pression populaire croissante, il n'est pas impossible que la chasse à la fraude fiscale reprenne de plus belle comme l'avait fait E. Woerth en s'attaquant aux banques suisses (qui coopèrent de plus en plus).
  3. Au vu des sommes que représente la contribution des plus riches, et au vu de la pression pour une rigueur budgétaire (justifiée ou non), l'Etat ne s'exemptera pas d'une traque plus dure à la fraude, encore moins à un an de présidentielle.
  4. Enfin, je suis profondément choqué de l'utilisation mesquine du "Alors à quoi bon ?" de Monsieur Delsol à la toute fin de son article. En somme, pourquoi se donner la peine de chercher à augmenter les impôts des plus riches, de toutes façons, ils partiront sitôt l'augmentation opérée. Autant aller directement à une mesure d'exemption d'impôts, ce serait encore plus simple. Et dans la même logique, supprimons les peines de prison, après tout, les détenus retournent à la vie normale une fois leur peine passée...

Face à une situation qui pèse de plus en plus sur les ménages des classes moyennes, il serait de bon ton que les plus aisés participent à l'effort, et qu'ils fassent preuve du patriotisme dont ils se réclament tant.


mardi 9 août 2011

Pourquoi l'intervention en Libye est importante - pourquoi nous devrions aussi aller en Syrie


Le 17 Mars dernier, Alain Juppé donnait un discours prônant une intervention en Libye, à travers des arguments pour le moins émotionnels et moraux. Au delà des critiques actuelles du PS (l'article) ou de différents partis politiques, je suis persuadé que cette intervention est une bonne chose, qu'il faut poursuivre les opérations, et qu'il est regrettable que celle-ci soit mise en défaut en partie du fait des coupes budgétaires.

Beaucoup considèrent cela comme de l'ingérence. C'est un argument en effet recevable, et tout à fait compréhensible. Mais je suis de ceux qui considèrent que c'est un devoir pour les nations démocratiques de venir en aide à un peuple voulant se défaire d'un joug totalitaire. La situation en Libye s'est compliquée avec le temps, la population loyaliste ayant rendu floue la proportion de citoyens supportant Kadhafi : le principe d'intervention repose bien pour moi sur un appel à l'aide de la majorité d'un peuple. Si les rebelles ne représentent plus une majorité, alors notre intervention serait idéologiquement compromise. C'est bien là tout le problème : comment évaluer la proportion de soutien ou de rebelles dans un pays comme celui-ci ? Pour autant, fermer les yeux sur les exactions d'un tyran sur un peuple opprimé reste intolérable.

Même si la situation n'était pas la même, les Etats-Unis ont bien vu le jour grâce à une aide de la France - comme quoi une démocratie peut naître d'une révolte armée. Pourquoi ne pas transposer cela au printemps arabe ? 

Je pense qu'il y a des devoirs moraux auxquelles les nations ne peuvent se soustraire. Si un peuple appelle à l'aide, il est nécessaire qu'on lui réponde favorablement. Je trouve profondément intolérable de regarder des peuples être opprimés dans le sang et de ne pas intervenir. Cette forme de démission n'est-elle pas une forme de complicité ? En tout cas en droit civil, la non-assistance à personne en danger est bien considérée comme telle.
L'intervention en Libye s'est faite dans le respect des règles du droit international, avec une approche des plus intelligentes : certains préconisaient une intervention couverte, c'est-à-dire par exemple fournir des armes aux rebelles. Cette méthode me semble trop sombre pour respecter le besoin de droiture nécessaire à une telle intervention. Le fait que l'intervention soit aux yeux de tous une intervention transparente évite qu'elle ne puisse être amalgamée à de l'ingérence.
Sur cette base, je pense aussi que l'OTAN, sous couvert d'une opération validée par l'ONU, devrait intervenir en Syrie. Je sais que peu sont favorables à de telles interventions.

Je ne peux cependant qu'être désolé de voir que nos interventions risquent d'être stoppées du fait des politiques budgétaires d'austérité.

dimanche 7 août 2011

Réponse à D. Seux concernant son article "De l'Utilité des Agences de Notations"

Alors que S&P vient d'abaisser la note des Etats-Unis, un évènement sans précédent, elle annonce, avec l'agence concurrente Moody's, des marges records de 44%. Vous voyez un problème ?

Monsieur Seux a publié un article le 01/08/2011 qui me laisse pantois (je vous laisse le consulter). Pour résumer la position de l'auteur, lorsque l'on fait le bilan des avantages et des inconvénients concernant l’existence de ces agences, les avantages l'emportent. Soit, pourquoi pas. Monsieur Seux se lance donc dans un listing des inconvénients :
- Les agences sont des générateurs de panique
- Leur expertise est très limitée, elles n'ont pas su anticiper la crise des subprimes
- Elles ont des conflits d'intérêts dans leur gestion
- Leurs analyses sont douteuses du fait de la complexité des sujets traités (à ce sujet : l'article du Monde)
- Elles ont amplifié les crises grecques et italiennes
- Elles ne basent leurs analyses que sur des éléments économiques, et non politique

Jusque là je suis d'accord, j'applaudis, je "plussoie". Mais je m'attends au listing des avantages : que peuvent bien apporter ces pyromanes de la finance ? Et là, les arguments me laissent de marbre :
- Elles ne sont pas responsables du fait que leurs analyses (reconnues d'inutilité publique le paragraphe d'avant) soient lues par des imbéciles (c'est implicite, mais c'est écrit : "les investisseurs qui ont renoncé à faire leur propre expertise") qui leur prêtent trop de crédit.
- Elles ont su dire que le gouffre des dettes souveraines a une fin.

Je ne suis pas convaincu par ces arguments, c'est assez étrange. Le premier consiste à dire que l'on a donné une arme très crédible aux mains d'un enfant qui joue avec un instrument dont il ne mesure pas la portée. Bravo. C'est une preuve complète soit de profonde irresponsabilité, soit de profonde compromission venant des agences. Je ne sais pas dire laquelle est la pire.
Le second me semble tout aussi limité. Si le fait que la dette grecque fût si énorme que l'Etat devienne insolvable était connu par tous, quel mérite y a-t-il à dire, "vous allez trop loin", encore plus si l'on considère que la responsabilité des réactions des investisseurs face à ces analyses ne peut être donnée aux agences de notations ? Non, Monsieur Seux, je pense que pour convaincre, il faudra revoir votre argumentaire.

Un des points sur lesquels je suis bien d'accord, toutefois, c'est que les Etats n'auraient jamais dû externaliser un outil aussi puissant. Donc la réponse s'impose d'elle-même : internalisons ces activités dans les banques centrales et détruisons les agences de notation, ces pyromanes ambulants.

MAJ - Publié dans LeMonde.fr :

Les agences de notation sujettes à des conflits d'intérêts, pour un responsable de la BCE

Les trois grandes agences de notation mondiales sont "sujettes à des conflits d'intérêts flagrants", et une concurrence est nécessaire pour rendre ce secteur plus efficace, a estimé dimanche un haut responsable espagnol de la Banque centrale européenne. "Nous avons un très sérieux problème avec les agences de notation", a affirmé José Manuel Gonzalez-Paramo, membre du Conseil exécutif de la BCE dans un entretien au journal espagnol La Voz de Galicia. "Elles peuvent être mauvaises ou très mauvaises dans leurs recommandations, comme cela a été démontré au cours des dernières années, et elles n'assument pas leurs responsabilités", a-t-il dit. Les agences "sont aussi sujettes à des conflits d'intérêts flagrants. Aujourd'hui elles ont encore tort et basent leurs analyses pas seulement sur des faits mais aussi sur de pures conjectures, avec des informations partielles." – (avec AFP)

Les problèmes des Etats face à la finance mondiale

Une question à laquelle il est difficile de répondre, c'est bien : qui sont les marchés ? Sont-ce des petits épargnants ou des grandes fortunes amassées par la spéculation ? Sont-ce uniquement des institutions type Fonds d'investissements, Banques, Assurances, ou sont-ce des particuliers ?

Il est difficile de trancher de manière certaine. La financiarisation de l'économie, dans les années 1980 a renforcé un mic-mac difficile à comprendre et à cerner, même par les soi-disant "Pontes" de la finance. Ce qui est connu, ce sont les différentes couches ou strates de personnes (physiques ou morales) qui influent sur la finance mondiale. La question qui reste difficile à trancher c'est la proportion de chacune de ces couches.
On a tout en haut de l’échelle, des institutions type Banques d'investissement et fonds d'investissement ou de pension. Ceux-là sont ceux qui prennent les décisions spéculatives que l'on connaît en ce moment, la plupart du temps pour répondre à des engagements de rentabilité pris envers leurs clients.
En bas de l'échelle, on a des individus. Petits épargnants, retraités, et grosses fortunes (comme Georges Soros), ce sont eux les commanditaires des institutions qui nous attaquent. La question à laquelle je ne saurais répondre, c'est la répartition dans cette catégorie des grosses fortunes et des petits épargnants ou retraités, en volume ou en valeur.

La réponse est importante, parce qu'elle a un impact sur la riposte face aux attaques de la finance. Si ce sont, en valeur, les grandes fortunes qui, pour s'enrichir davantage, spéculent à en mettre à bas des Etats, alors l'arme inflationniste devrait être utilisée. Celle-ci réduirait la valeur de leur capitaux, et les obligerait à utiliser différemment leurs richesses, notamment pour investir ou consommer.

Si la source de tous ces maux sont, en valeur, des petits épargnants et des retraités, alors la question du recours à l'inflation se pose. En effet, il peut être injuste de diluer la richesse de ces "petites-gens", et dans ce cas-là, seule la régulation du système financier dans son ensemble peut s'avérer être une bonne réponse : depuis 2008, pour la première fois dans l'histoire française, la majorité de la richesse nationale est détenue par les inactifs, c'est-à-dire les retraités (un chômeur est un actif, puisqu'il est à la recherche d'un emploi). De ce fait, il paraît risqué de dissoudre la valeur des capitaux des inactifs, ce qui reviendrait à une évaporation pure et simple d'une partie de la richesse nationale.

On pourrait bien sûr se demander s'il est juste que la population inactive concentre la majorité de la richesse, sachant que ceux-ci ont une propension à consommer plus faible (et donc que l'injection de leurs liquidités dans l'économie est moindre). Je suis personnellement convaincu, mais ce n'est que mon intime conviction, qu'il y a une forme d'injustice à ce que les actifs soient plus pauvres que les inactifs, sachant qu'ils doivent payer pour les retraites des inactifs et qu'ils sont la force productive du pays. Autrement dit, je préférerais réduire la valeur des richesses des inactifs au profit de celle des actifs, qui constituent le moteur de notre économie...

samedi 6 août 2011

Réponse à Monsieur TAQUET sur son article "Pour limiter la fraude, simplifions le droit social' paru dans Les Echos le 05/08/2011

Hier matin, j'ai pu lire un article intéressant de Monsieur Taquet dans Les Echos (l'article). Celui-ci défendait l'idée selon laquelle le droit du travail français est trop complexe, nuit aux entreprises, notamment aux TPE. Jusque là, le constat est partagé. Pour autant, lorsque Monsieur Taquet commence à comparer le droit social français avec celui de ses voisins, notamment anglais et allemands, là j'ai un peu plus de mal. Certes, il y a des lois qui sont probablement des horreurs juridiques (la loi TEPA est un très bon exemple), et oui, bon nombre d'employeurs (une très large majorité d'entre eux) ne sont pas les affreux patrons spoliateurs que certains partis trop à gauche cherchent à nous montrer. En effet, une grande partie des chefs d'entreprise doit frauder tout en étant de bonne foi, et sans savoir qu'ils sont en situation d'illégalité. MAIS.

Mais je ne suis pas d'accord sur la comparaison avec les lois anglaises ou allemandes, que je ne prendrais jamais en exemple.
Il y a, derrière tout article de droit, une philosophie, un point de vue, un parti pris. Le droit est un moyen d'exercer, de mettre en application, de rendre concret une conception d'un élément politique. En l’occurrence, le droit social est la transposition dans la vie quotidienne professionnelle de ce qu'est le travail et de comment il doit être considéré.

Pourquoi donc le droit social anglais ou allemand sont-ils si simples ? Parce que le point de vue en matière d'économie politique de ce qu'est le travail est tout aussi simple. Nos voisins anglais et allemands sont des orthodoxes dans leur manière de concevoir le Travail. Deux points viennent nous expliquer ce concept.
- Le Premier, c'est le concept libéral classique du Travail : le Travail est un bien, qui équivaut à n'importe quel autre bien au sens économique : il s'échange sur un marché entre une offre (les employés) et une demande (les employeurs) et s'équilibre à un prix donné naturellement, en fonction de la rareté de l'offre et de l'abondance de demande, tout comme peut l'être une plaquette de beurre, ou une laitue.

















Le chômage, dans cette perspective, s'explique par un refus de l'offre de travail (les employés) de descendre sur le prix désiré par la demande de travail (les employeurs), provoquant ainsi un déséquilibre, et qui maintient la quantité de travail échangé sur le marché à un niveau inférieur de celui du point d'équilibre. Autrement dit, en termes moins pompeux, les salariés refusent de travailler parce qu'ils seraient payés trop peu. Enfin, il existe un niveau de chômage structurel, en situation notamment de plein emplois, qui correspond au délai de recherche d'un nouveau travail : c'est ce qu'on appelle le chômage frictionnel.

- Le deuxième point nous est expliqué par Max Weber et son Idéal-type du protestantisme (Dans L'Ethique Protestante et l'esprit du capitalisme) : Dans le cadre de réflexion de l'idéal-type du protestantisme, le Travail est à comprendre dans son sens allemand "Das Beruf" - la Vocation. Ainsi, pas besoin de réglementer à foison autour du travail, puisqu'il est l'élément fondateur de l'Homme.
Voila pour la conception de ce qu'est le travail chez nos voisins anglo-saxons, et qui explique pourquoi leur droit social est aussi simple.

Le concept de Travail en France ne tient pas des mêmes influences : Deux points permettent de comprendre notre concept du Travail, et ces deux points répondent directement à ceux exposés plus haut.
- Le premier est une réponse classique libérale à la conception classique libérale... Si les classiques libéraux considèrent le Travail comme un bien qui s'échange sur un marché comme n'importe quel autre bien, ils reconnaissent le Travail comme étant une contrainte; oui, le Travail empêche l'Oisiveté qui est un bien supérieur. Bon, ça devient un peu plus complexe.

En Microéconomie, l'une des bases hypothétiques à l'échange est "L'accord volontaire et mutuellement avantageux". L'employé procède d'un calcul pour maximiser son utilité (comprendre sa satisfaction). En l’occurrence, le calcul se fait en cherchant à savoir "combien d'unités de Travail faut-il vendre pour acquérir un salaire suffisant, propre à développer une utilité supérieure à l'oisiveté que j'aurais sans travailler". Pour autant, il arrive à un moment (c'est l'effet prix puis l'effet substitution) que l'utilité marginale du Travail ne soit pas suffisante pour compenser, via le salaire, la perte d'une unité d'Oisiveté. En somme, je refuse de travailler plus pour gagner plus, parce que je préfère un équilibre entre Oisiveté et Travail (et paf le tacle à un certain slogan).

En France, on reconnaît au Travail cette contrainte et cet intérêt à l'Oisiveté, qui, n'en déplaise à Monsieur Sarkozy, est un point de vue microéconomique classique.

- Le second point est l'influence de notre passé, à l'image de la conception protestante du Travail. Qu'on le veuille ou non, nous sommes sous l'influence des reliquats des conceptions passées du Travail (voir l'article concernant "La Logique de l'Honneur" de P. d'Iribarne). Notre conception française du Travail est marquée par un engagement qui va au delà du contrat. Dans la même perspective, nous avons hérité des conceptions du Bien-être d'après-guerre mis en place par le conseil national de la résistance et par De Gaulle : le Travail doit être protégé, parce qu'il peut être avilissant et que l'employé n'a pas autant de pouvoir que l'employeur.

La France, comme toute autre nation, est l'héritière des influences passées qu'elle a connues. Comme le dit d'Iribarne, chercher à l'encontre de celle-ci génère un malaise social évident. C'est pourquoi les lois françaises sont aussi complexes : notre conception du Travail l'est aussi.

jeudi 4 août 2011

L'Etat de délation - Les relations de bon voisinage

Claude Guéant a des idées parfois contestables... l'article du monde du 04/08/2011 est pour moi l'occasion de revenir sur l'une de ses plus ratées.

L'opération "Voisins Vigilants" est peut-être l'illustration la plus frappante de la schizophrénie de notre gouvernement, ou en tout cas de la démagogie dont il fait preuve. Que l'on ne vienne pas nous parler de "RealPolitik", cette opération présente de sérieux problèmes éthiques.

L'idée à la base pourrait paraître plutôt bonne de prime abord. Chercher à renforcer un maillage de proximité pour éviter les cambriolages, pourquoi pas ! (L'Express, en 2009)
Malheureusement, demander à un groupe de civils de faire acte de délation sur un comportement suspect me donne à réfléchir.
- Tout d'abord parce que, comme l'écrit l'auteur de l'article de l'Express, la sécurité fait pour moi partie des missions régaliennes, entendez les obligations minimales de l'Etat. Pourquoi, parce que l'Etat-Nation, c'est la protection du peuple qui le compose. On ne peut demander à chaque région de se protéger lui-même, sans quoi, à terme, on arrivera à une fragmentation de l'Etat-Nation.

- Ce qui me conduit à mon deuxième point. Il y a de sérieux problème de démagogie derrière l'action du gouvernement. Mettre en place des systèmes tels que "Voisins Vigilants" qui poussent à la méfiance voire à la paranoïa me semble contraire à l'idée de renforcer le tissu social français, qui nous dit-on explose progressivement sous le communautarisme de chacun. Quelque part, "Voisins Vigilants" me rappelle le National threat advisory System américain mis en place sous l'ère Bush :
Rien de mieux pour maintenir une population en état d'angoisse perpétuel !

- Troisièmement, je trouve qu'il y a un problème éthique à demander à quelqu'un de surveiller son quartier. Quelle objectivité a-t-il ? Même si elle n'est pas toujours établie, la police a mission d'objectivité et de neutralité. On peut se poser la question pour un citoyen lambda ? N'est-il pas un individu soumis à ses jugements, ses peurs et ses croyances personnelles ? Peut-on attendre de lui la même chose que d'un professionnel ? Le contrat du professionnel n'est-il pas aussi un contrat contre ses propres déviances ? D'ailleurs, n'existe-t-il pas un contrat de déontologie dans la police ?

- Enfin, et quatrièmement, je pense que cette mesure, mais ce n'est pas une nouveauté, substitue l'état au citoyen sur un domaine qui devrait être à l'état. Actuellement, notre gouvernement cherche de plus en plus à se désengager autant qu'il peut de ses missions, sous couvert de restrictions budgétaires et de renforcement du tissu citoyen. Oui, mais avec ces mesures, c'est bien généralement la qualité de service qui en prend un coup. Et l'aveu du "chacun pour soi" qui se trouve derrière est une belle démonstration de comment le gouvernement conçoit la citoyenneté.

Vous trouverez peut-être intéressante cette intervention à l'Assemblée Nationale.

Pour finir sur une blague : http://bigbrotherawards.eu.org/article852.html et le fameux site http://www.delation-gouv.fr/

Revisitons nos classiques pour mieux comprendre l'actualité : la crise de 1929

Parfois, se pencher sur l'étude de l'Histoire permet de comprendre l'actualité, et même de dessiner le futur. L'Histoire donne une grille d'analyse et de lecture des évènements contemporains souvent très fine. C'est pour cela, entre autre, que l'on a tant parlé de la crise de 1929 durant ces trois dernières années. La vie n'est pas un éternel recommencement, même l'Homme, aussi doué soit-il, a une fâcheuse propension à refaire les mêmes erreurs.

Dans le cadre de la crise des subprimes, revenir en arrière sur la crise de 1929 pour en appréhender les analogies est important et pertinent. Redécouvrir les raisons qui ont donné naissance à certaines des idées les plus brillantes peut nous aider à prendre les bonnes décisions.

Rappelons donc comment s'est produite la crise de 1929, remontons donc un peu avant le 24 Octobre 1929; Marty, fais chauffer la Dolorean !



Nous sommes donc à la fin des années 1920. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de la Première Guerre Mondiale et la signature du "Diktat". La phase qui suit la guerre est une phase de reconstruction durant laquelle, pour les Etats-Unis notamment, la croissance est très dynamique. Son économie florissante voit la finance mondiale la rejoindre, déménageant de Londres pour New York, à Wall Street. L'Allemagne connaît de son côté les conséquences à la fois du Diktat et des tensions politiques générés par l'abdication du Kaiser Guillaume II : une hyper-inflation et des émeutes.
Malgré la position de l'Allemagne, le reste du monde connaît une période de prospérité qui la ramène bien au-delà des niveau de pré-guerre.

Déjà à l'époque, l'économie américaine est une économie basée sur un moteur à deux pistons : un système de crédit très développé, ainsi qu'une forte capacité manufacturière, renforcée par la mise en place généralisée du Taylorisme et de sa forme modifiée, le Fordisme. C'est ce système qui fait défaut le 24 Octobre 1929, le "Jeudi Noir". A l'occasion de l'explosion d'une bulle spéculative, Wall Street voit en une journée près de 13 million d'actions mise en vente. A cette période, énormément de particuliers sont des spéculateurs. Le système se basait sur un accès facilité au crédit pour pouvoir spéculer en bourse. En une journée, l'ensemble des gains de la bourse sur un mois sont réduits à néant. Cela sonne le glas pour beaucoup de particuliers qui voient leur capital disparaître et leur dette rester. Dans les mois qui suivent la panique, la situation se dégrade rapidement.
La surproduction générée par la productivité du taylorisme, couplée à l'évaporation de la demande provoque la banqueroute de nombreuses entreprises.

De 1930 à 1933, plusieurs paniques se succèdent aux Etats-Unis, où près de 9000 banques disparaissent et avec elle pas moins de 15% des dépôts bancaires. Ce sont les runs, ces paniques représentées par les photos de queues à l'entrée des banques pour y retirer les dépôts, ainsi que le maillage de liens Débitrice-Créditeur entre les banques qui provoquera la contagion. Peu de personnes, privées ou morales, s'étaient préparées à un tel séisme : les années fastes de la décennie avaient émerveillées chacun, le progrès technologiques ont renforcé cette euphorie (La Radio a connu le même succès qu'Internet actuellement). Le chômage s'aggrava profondément, atteignant des taux jamais vus : 25%.

Ce qui est particulièrement intéressant sur cette période est la guerre théorique qui oppose les économistes dits    "classiques", descendants directs de Ricardo, et de Walras. Dans ce courant de pensée, l'économie peut être mathématisée. On travaille donc à partir d'équations.
Les recommandations fortes de ce courant sont notamment d'éviter le plus possible l'Etat et son intervention, car les marchés, c'est à dire les places virtuelles de rencontre de l'offre et de la demande se régulent toutes naturellement. Deux exemples forts montrent à quel point la croyance dans ces allégations était poussée : la première, c'est l'explication de la montée du chômage à cette période là. Si le marché du travail ne s'auto-régulait pas pour revenir au plein emploi, c'est que les chômeurs refusaient un salaire plus bas ou de migrer vers un autre secteur, bloquant le marché du travail sur une demande de travail (les entreprises) réduite. Pour les économistes classiques, l'une des solutions était donc de forcer les salaires à la baisse.

Le deuxième exemple porte sur la faible demande et la conviction que celle-ci allait naturellement remonter : Pour Pigou, économiste à Cambridge qui donna son nom a l'effet de la démonstration (ou effet d'encaisse réelle), tout reposait sur une simple équation C+I = M/P, où C = Consommation, I = Investissement, M = la quantité de Monnaie en circulation (constant) et P = les prix. Ainsi, si s'opérait une diminution de la demande globale (C+I), alors les prix baissaient, réajustant de facto un équilibre sur les marchés en atteignant le niveau de prix désiré par la demande. Un mécanisme fabuleux, qui se fit longtemps attendre. Samuel Beckett aurait pu renommer sa pièce "En attendant Pigou", le principe était le même.

De l'autre côté, on vit l'influence de J.M. Keynes s'accroître rapidement avec l'inopérance des théories classiques. Cet économiste, à l'époque iconoclaste, cessera de considérer l'économie sous l'angle mathématique, et, influencé lui-même par le développement de la psychologie, il induira les notions de confiance et de comportement des consommateurs. Ainsi, le mécanisme de Pigou reste inopérant dans la mesure où les consommateurs, privés, du fait du chômage et des salaires bas, de revenus, ne peuvent consommer autant qu'ils le voudraient, et thésaurisent leur monnaie disponible au lieu de consommer (en prévision de jours meilleurs). Les entreprises, elles aussi, protègent leur futur en évitant d'investir.

C'est la spirale déflationniste : la baisse des prix pousse les entreprises à moins produire pour maintenir une rentabilité, ce qui pousse à l'augmentation du chômage, donc à la réduction des revenus et de la consommation, et donc des prix.

Il importe donc de relancer la consommation. A défaut d'avoir un levier sur C (Consommation des ménages), Keynes propose que l'Etat agisse sur le levier I (l'Investissement). Cela donnera naissance au concept de politique budgétaire de relance : lorsque la demande n'est plus suffisante, l'Etat doit se substituer au consommateurs et aux entreprises par une politique de grand travaux.

D'un point de vue monétaire, il faut générer suffisamment d'inflation en accroissant la masse monétaire disponible pour éviter la tésorisation et inciter à la fuite devant la monnaie : une consommation plus tôt pour éviter de voir son pouvoir d'achat rétrécit par la croissance des prix. L'inflation permet de plus une augmentation des prix, et donc une diminution de la valeur du capital : autrement dit, l'inflation permet d'éviter les bulles spéculatives en poussant à la consommation et non à l'épargne. Elle permet aussi un transfert de richesse vers l'emprunteur en rendant son accès au prêt moins cher.
J.M. Keynes préconisait l'"Euthanasie des rentiers" qui nuisent à l'économie réelle en générant de la richesse à partir de spéculation. Ils sont sources d'incertitude accrue, et sont selon lui à bannir de la société.


Au delà des théories et de l'Histoire, deux éléments peuvent nous donner des pistes sur la manière de gérer la crise actuelle :
- La première, c'est que l'Homme croit, de manière irraisonnée parfois, en certaines théories. Il s'agit dans ce cas de savoir les remettre en question. On nous parle de marchés, de la puissance de la finance dans l'économie mondiale, et de son importance. D'accord, mais pourquoi ? Pourquoi ne pas tenter sans ou avec moins ? L'Islande n'a pas l'air de mal s'en tirer en ayant refusé de payer. Le dogmatisme de certaines théories cache souvent des intérêts financiers d'une minorité. C'est le cas actuellement. L'"Euthanasie des Rentiers" dont parlait Keynes, pourquoi ne devrait-elle pas s'appliquer ici ? Sans tomber dans la caricature des riches contre les pauvres, qu'est-ce qui justifie actuellement que l'on tolère les voyous de la finance ?

- La deuxième, toujours sur la finance, consiste bien à voir la réaction et les préconisations des hommes d'états et des économistes après 1929 : se méfier et réguler la finance. De Gaulle n'était ni communiste, ni socialiste, et il a pourtant nationalisé les banques françaises. La régulation de la finance est devenu un moyen primordial pour s'en protéger. Pourquoi ne pas revenir à une régulation de ces marchés ? Tout en retenant la leçon de la crise des années de 1970 et de l'inflation, ne peut on pas aller vers la mesure et la régulation ?

- Dans un article récent de Kenneth Rogoff, ancien économiste au FMI a récément écrit un article sur la crise actuelle. Sa préconisation pour stabiliser l'ensemble des marchés, est d'avoir recours à l'inflation, dans une mesure raisonnable allant à 6%, afin de faire taire la spéculation. Keynes n'est pas mort.


Malheureusement, notre BCE n'étant pas habilité à une telle mission, les problèmes de dette souveraine risquent de durer un moment.

Pour ceux que ça intéresse, une sélection d'articles sur le sujet :


Dissertation de PY. HAUTCOEUR de la Paris School of Economics 

Une réaction du Nobel de 2008 P. Krugman (en anglais)

Une série d'articles d'alternatives-économiques sur la crise de 1929 :
#1 - Quand 2009 questionne 1929
#2 - Les seigneurs de la finance : les banquiers qui ont ruiné le monde
#3 - Crises financières : leçons d'histoire

Un article de Marianne sur « La crise économique de 1929, anatomie d’une catastrophe financière » de J.K. Galbraith





Un peu de tenue, que diable !

Si DSK s'avère coupable des faits qui lui sont reprochés, on ne pourra pas lui pardonner un acte aussi intolérable et horrible. L'individu en question a un sérieux problème avec les femmes.

Mais cette affaire, outre l'acte intolérable, aura montré un comportement particulier pour un politique français, qui se fait de plus en plus rare : la démission immédiate suite à une compromission.
Que c'est rare en France ! Avant d'avancer plus sur ces comportements, je tiens à citer quelques affaires chez nos voisins et les réactions des hommes politiques compromis :

- En Mars dernier, le Ministre de la Défense Allemand, Karl-Theodor Zu Guttenberg démissionne suite à une affaire de plagiat concernant la rédaction de sa thèse (l'article).

- En Février dernier, un scandale pousse un député anglais, Eric Illsley, à la démission suite à cause de notes de frais falsifiées (même pas un membre du gouvernement, et une modique somme de 22.000$) (l'article).

- L'année dernière, en Allemagne, le président Horst Köhler démissionne suite aux émotions suscitées par ses propos choquants sur l'engagement militaire de son pays (l'article).

- En juillet 2009, Ulla Schmidt provoque un scandale et est forcée de rembourser le coût d'une utilisation privée (500€) d'une Mercedes de fonction. (l'article).

- En Mai 2009, c'est le Speaker de la chambre des communes qui est contraint de démissioner suite à une affaire de défraiement (l'article).

- Enfin, en 2002, c'était l'un des plus proches Ministres de Tony Blair, Peter Mandelson, qui est contraint à la démission suite à une facilitation d'obtention de passeport pour un milliardaire indien, et un mensonge ! Olala* ! (l'article).
*En français dans le texte


Comme on peut le constater, les scandales sont généralement mineurs, en comparaison à ceux de nos hommes politiques, et pourtant, il y a un courage de s'excuser, et l'honneur de se retirer de la vie politique. C'est quand je lis des exemples comme ceux-ci que je me dis que la politique française ne tourne vraiment pas rond; et que les français ont tord d'accepter une telle immoralité de leurs figures politiques. Non Mesdames, Messieurs, vous n'êtes pas au-dessus des lois.

Et même au contraire ! Qui, plus qu'un homme politique, devrait faire preuve d'Exemplarité ? Je me suis amusé à voir le délais de démission dans certains scandales bien connus, juste histoire de voir ce que cela donne.

- Pour Monsieur A. Joyandet, un joli score, quatre mois, puisque le premier scandale remonte en Mars 2010 pour l'affaire du vol privé loué à 116.500 euros. Premier article en mars, puis rebelote en Juin avec l'article du CE pour permis de construire illégale.

- Pour C. Blanc, un mois aura suffit. Une simple affaire d'étrangeté du Fisc et de cigar (12.000€, rien !). Premier article du CE en juin (et rebelote la semaine suivante), démission en juillet. Mais là, comme pour Monsieur Joyandet, on se serait bien accroché au poste.

- Super score, pour G. Tron : épinglé en 2008 pour un HLM que lui avait attribué Jacques Chirac, et qu'il payait moitié prix (1200€ pour 118m²), il le conservait toujours en 2010 (l'article). C'est finalement sous le coup d'accusations pour viols qu'il a démissionné en Mai 2011. Pas moins de 2 ans à la lumière de différents scandales.

- Madame Alliot-Marie, épinglée pour sa connivence avec le clan Ben Ali, en vacances en Tunisie entre Noël et le jour de l'an, (l'article du CE) ne sera forcée de démissionner qu'à la fin de février. Ne sera forcée, parce qu'elle même l'avait clairement claironné : "Je ne démissionnerai pas !" : deux mois.

- E. Woerth, épinglé en décembre 2009 par le CE (l'article) ne quittera son poste qu'en juillet 2010 après un joli feuilleton de conflits d'intérêts en tout genre. Six mois.

- Je passe sur les Balkany, sur Alain Juppé, qui se retrouve ministre des affaires étrangères alors qu'il a été soumis à une peine d’inéligibilité, et à notre précédent Président qui n'a jamais été reconnu coupable, mais qui était concerné par les financements occultes de son Parti.

- L'actualité étant au gouvernement UMP, il est "normal" de trouver plus de scandales sur ce parti. Pourtant, le PS n'est pas en reste. Les notes pas très sages du sénateur Pastor (l'article), Fabius, premier ministre qui ne démissionne pas après l'affaire du sang contaminé, j'en passe et des meilleures. Eux aussi totalisent un joli score.

Pour ceux qui comme moi vénèrent le Canard Enchaîné, prenez le temps de voir ce site. A ce moment là on se dit vraiment que la classe politique française va vers une caste intouchable par la lois. Le pouvoir monte-il à la tête ?

Le bilan est déjà consternant, mais il ne s'arrête pas là. L'indécence va plus loin, avec un vote en Mars 2011 par les députés Européens d'une augmentation de 1500€. En juin, c'est le tour des Sénateurs de s'attribuer une prime exceptionnelle de 3150€ (qui sera annulée après le scandale). En 2008, c'est tous les parlementaires qui se votent une augmentation de leurs indemnités. Où allons-nous ? Vous qui êtes sensés représenter les français, parler au nom du peuple, ne devriez-vous pas faire preuve d'empathie ? Quand vous vous dressez sur vos grands chevaux pour nous parler de règle d'or, d'austérité, de cure drastique, ne voudriez-vous pas donner l'exemple ? Ah non, visiblement pas (l'article).

Pourquoi ne pas réformer tout ce système ? Faire en sorte que ce soit le peuple qui vote les éventuelles augmentations ? Que ce soit indexé sur la santé française ? Que pour avoir accès à la vie politique, il faille être vierge de tout casier judiciaire ? Que l'on interdise vraiment le cumul des mandats ?

Messieurs les politiques, vous vous étonnez du désintérêt grandissant des français pour la politique, et du moral en berne de notre peuple. Vous en êtes la source. Vous n'êtes plus à l'image du peuple que vous vous prétendez représenter, vous n'en connaissez pas les souffrances ni les inquiétudes.

La France ira mieux quand son peuple se sera réconcilié avec ses gouvernants. D'ici là, le monde a le temps de s'écrouler.

Allez, pour le plaisir, regardez cette vidéo : L'Agora reçoit Eric Woerth

mardi 2 août 2011

Avançons ! Les opportunités de la Crise Européenne

Je suis profondément pro-européen. Je suis né avec la citoyenneté européenne, et j'entends bien la garder. Je me sens européen, et l'idéal communautaire qu'il y a derrière la construction du projet m'est particulièrement cher. Comme beaucoup de mes camarades de mon âge, j'aime voyager, et j'aime les valeurs de mobilité qu'il y a avec l'abaissement des frontières. Je n'ai pas connu la Seconde guerre mondiale, et pourtant, je suis bien plus attaché à l'Europe que, c'est mon impression, la génération des hommes politiques en place (Article).

Oui mais voila, l'Europe actuelle, ce n'est pas ce que je veux. L'Europe que je souhaite, celle dont je rêve, n'aurait pas les valeurs qui sont les siennes actuellement. L'Europe que je veux est à portée de main, il suffit de faire un pas -un pas courageux, certes- mais c'est le moment.

L'Europe actuelle est une Europe dogmatique et dépassée. Cette Europe a été construite sur un ensemble de valeurs néo-libérales (monétaristes pour être précis), et ces valeurs ont été inscrites dans le marbre : la plus belle preuve en est la BCE, sorte de tour d'ivoire du haut de laquelle on regarde l'économie "réelle", dont la mission est de garantir la stabilité des prix (la mission du SEBC). La monnaie n'a aucun impact sur l'économie réelle, dixit Milton Friedman (pour ceux qui lisent l'anglais : une super bio).

Pourtant, ce point de vue est un point de vue théorique contestable. Il en existe d'autres. Alors, pourquoi se lier les mains et s'interdire une gouvernance intelligente, en fonction des moments et des besoins, à l'image de la FED américaine ? Parce qu'il n'est pas envisageable pour cette Europe de tolérer l'inflation. L'Allemagne en a une phobie depuis les années 1920, et les autres gouvernements ont dû accepter le compromis pour faire entrer l'Allemagne, "la locomotive européenne", dans la zone Euro. A l'heure d'une finance toute puissante, l'inflation reviendrait à une euthanasie des rentiers (selon l'expression de Keynes), en diminuant la valeur de leur capitaux. Une idée des plus intolérables !

Il y a pourtant de bonnes raisons à abandonner cette vision obsolète de l'économie : la première, c'est le besoin de cohérence dans les politiques économiques budgétaires nationales et monétaires européennes. Il n'y a rien de pire que des politiques contradictoires; et malheureusement, c'est bien à cela que l'on a assisté. Pendant que la majorité des pays européens entamaient des politiques budgétaires de relance pour contrecarrer les effets de la crise, la BCE, stoïque, gardienne de la stabilité monétaire, gardait la stabilité monétaire européenne. Cela a eu pour effet de minimiser les effets des politiques de relances et d'accroître le poids de la dette. Une politique de planche à billets, comme l'a fait la FED, aurait permis d'éviter de se noyer sous la dette.

L'Europe, c'est certes la BCE, mais c'est aussi une zone de commerce libre. Le problème, c'est que cette vision aussi est dépassée : l'Europe actuelle est une zone de "Tous contre tous", là où il y aurait besoin d'une zone unie contre le reste du monde. L'Europe, c'est, rappelons-le, la première puissance économique mondiale. Mais elle se fatigue à inciter ses membres à se battre entre eux. Il faut au contraire développer les conditions pour que tous puissent profiter de notre Union. L'Allemagne comme les "Sudistes". Quel poids aura la France, ou l'Allemagne s'ils manquent l'opportunité de changer ce mode de fonctionnement ? Face aux B.R.I.C.S., peu de poids, ni économique, ni politique. Quelqu'un voudrait-il bien rappeler à l'Allemagne que si la construction européenne s'arrête et que le projet s'effondre, c'en est fini de son économie (L'autonomisation de l'Allemagne)? Et oui, amis allemands, vos premiers partenaires commerciaux sont les pays européens (Source).

Alors que faire ? Avec la crise actuelle de l'Euro, on fait peser sur l'ensemble des peuples européens les caprices d'une finance qui n'en finit plus d'être une véritable nuisance (L'interview d'Edouard Tétreau), dont les bénéfices économiques semblent de plus en plus lointains (Le point de vue de Denis Clerc). Comble de l’indécence, on arrive même à mettre un ancien patron de Goldman Sachs à la tête de la BCE, pour non seulement montrer que la BCE est au service des institutions financières, mais pour faire un doigt d'honneur aux grecs au passage. Messieurs les politiques, à défaut d'être compétents, faîtes preuve s'il vous plaît d'un minimum de décence et d'empathie.

La solution, c'est (tentons de le dire, c'est devenu un gros mot) la SOLIDARITÉ. C'est le pas de plus, l'Europe Fédérale (Voir le point de vue). Dotée d'une instance représentative des peuples, et d'un exécutif qui puisse coordonner les politiques budgétaires sur une politique monétaire libre et intelligente. Accepter une perte de souveraineté pour se préserver, et surtout, ne pas se laisser tenter par les sirènes du chacun pour soit protectionniste, comme on a tendance à le voir faire outre-Rhin. Ce pas là est un pas compliqué, un vrai défi, mais c'est aussi une avancée décisive.

La crise actuelle n'a pas que des effets négatifs. Elle a au moins un bon côté : elle ouvre l'alternative crédible à tous les pays membres, actuellement au pied du mur, d'entamer le processus de construction de ces Etats-Unis d'Europe (Un point de vue similaire), en faisant table rase des dogmes économiques, et en donnant à l'Europe les moyens nécessaires pour en faire une puissance de premier plan, économique ou politique.

Ce qui fait peur, c'est que ce processus nécessite du courage politique, et je ne vois aucun décideur actuel capable d'un tel acte.


A voir aussi :
un article (en anglais) de The Economist
- un dictionnaire online des théories économiques