Oui mais voila, l'Europe actuelle, ce n'est pas ce que je veux. L'Europe que je souhaite, celle dont je rêve, n'aurait pas les valeurs qui sont les siennes actuellement. L'Europe que je veux est à portée de main, il suffit de faire un pas -un pas courageux, certes- mais c'est le moment.
L'Europe actuelle est une Europe dogmatique et dépassée. Cette Europe a été construite sur un ensemble de valeurs néo-libérales (monétaristes pour être précis), et ces valeurs ont été inscrites dans le marbre : la plus belle preuve en est la BCE, sorte de tour d'ivoire du haut de laquelle on regarde l'économie "réelle", dont la mission est de garantir la stabilité des prix (la mission du SEBC). La monnaie n'a aucun impact sur l'économie réelle, dixit Milton Friedman (pour ceux qui lisent l'anglais : une super bio).
Pourtant, ce point de vue est un point de vue théorique contestable. Il en existe d'autres. Alors, pourquoi se lier les mains et s'interdire une gouvernance intelligente, en fonction des moments et des besoins, à l'image de la FED américaine ? Parce qu'il n'est pas envisageable pour cette Europe de tolérer l'inflation. L'Allemagne en a une phobie depuis les années 1920, et les autres gouvernements ont dû accepter le compromis pour faire entrer l'Allemagne, "la locomotive européenne", dans la zone Euro. A l'heure d'une finance toute puissante, l'inflation reviendrait à une euthanasie des rentiers (selon l'expression de Keynes), en diminuant la valeur de leur capitaux. Une idée des plus intolérables !
Il y a pourtant de bonnes raisons à abandonner cette vision obsolète de l'économie : la première, c'est le besoin de cohérence dans les politiques économiques budgétaires nationales et monétaires européennes. Il n'y a rien de pire que des politiques contradictoires; et malheureusement, c'est bien à cela que l'on a assisté. Pendant que la majorité des pays européens entamaient des politiques budgétaires de relance pour contrecarrer les effets de la crise, la BCE, stoïque, gardienne de la stabilité monétaire, gardait la stabilité monétaire européenne. Cela a eu pour effet de minimiser les effets des politiques de relances et d'accroître le poids de la dette. Une politique de planche à billets, comme l'a fait la FED, aurait permis d'éviter de se noyer sous la dette.
L'Europe, c'est certes la BCE, mais c'est aussi une zone de commerce libre. Le problème, c'est que cette vision aussi est dépassée : l'Europe actuelle est une zone de "Tous contre tous", là où il y aurait besoin d'une zone unie contre le reste du monde. L'Europe, c'est, rappelons-le, la première puissance économique mondiale. Mais elle se fatigue à inciter ses membres à se battre entre eux. Il faut au contraire développer les conditions pour que tous puissent profiter de notre Union. L'Allemagne comme les "Sudistes". Quel poids aura la France, ou l'Allemagne s'ils manquent l'opportunité de changer ce mode de fonctionnement ? Face aux B.R.I.C.S., peu de poids, ni économique, ni politique. Quelqu'un voudrait-il bien rappeler à l'Allemagne que si la construction européenne s'arrête et que le projet s'effondre, c'en est fini de son économie (L'autonomisation de l'Allemagne)? Et oui, amis allemands, vos premiers partenaires commerciaux sont les pays européens (Source).
Alors que faire ? Avec la crise actuelle de l'Euro, on fait peser sur l'ensemble des peuples européens les caprices d'une finance qui n'en finit plus d'être une véritable nuisance (L'interview d'Edouard Tétreau), dont les bénéfices économiques semblent de plus en plus lointains (Le point de vue de Denis Clerc). Comble de l’indécence, on arrive même à mettre un ancien patron de Goldman Sachs à la tête de la BCE, pour non seulement montrer que la BCE est au service des institutions financières, mais pour faire un doigt d'honneur aux grecs au passage. Messieurs les politiques, à défaut d'être compétents, faîtes preuve s'il vous plaît d'un minimum de décence et d'empathie.
La solution, c'est (tentons de le dire, c'est devenu un gros mot) la SOLIDARITÉ. C'est le pas de plus, l'Europe Fédérale (Voir le point de vue). Dotée d'une instance représentative des peuples, et d'un exécutif qui puisse coordonner les politiques budgétaires sur une politique monétaire libre et intelligente. Accepter une perte de souveraineté pour se préserver, et surtout, ne pas se laisser tenter par les sirènes du chacun pour soit protectionniste, comme on a tendance à le voir faire outre-Rhin. Ce pas là est un pas compliqué, un vrai défi, mais c'est aussi une avancée décisive.
La crise actuelle n'a pas que des effets négatifs. Elle a au moins un bon côté : elle ouvre l'alternative crédible à tous les pays membres, actuellement au pied du mur, d'entamer le processus de construction de ces Etats-Unis d'Europe (Un point de vue similaire), en faisant table rase des dogmes économiques, et en donnant à l'Europe les moyens nécessaires pour en faire une puissance de premier plan, économique ou politique.
Ce qui fait peur, c'est que ce processus nécessite du courage politique, et je ne vois aucun décideur actuel capable d'un tel acte.
A voir aussi :
- un article (en anglais) de The Economist
- un dictionnaire online des théories économiques
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire