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vendredi 19 août 2011

L'Allemagne est-elle un modèle à suivre ?

La crise de la dette actuelle nous montre une situation ubuesque : les Etats Européens, qui ont accepté de s'endetter pour sauver les banques de leurs erreurs, payent maintenant le prix fort de cet endettement, à nul autre que ceux à qui ils ont évité la mort. Et dans cette situation exceptionnelle, une nouvelle hiérarchie des Etats a émergé, avec les sempiternelles distinctions entre les dispendieux, et les bons élèves.

A la tête des "bons élèves", l'Allemagne. On a donc le droit à énormément de mise en avant de l'Allemagne, et de son exemplarité, avec son industrie qui exporte, elle, et qui crée une balance commerciale excédentaire.

L'Allemagne mérite-t-elle d'être érigée en exemple ?

L'Allemagne est une belle nation, avec une industrie forte, et un système qui, sur le plan international, a su faire ses preuves. En effet, avec un PIB de 2900 milliards d'euros en 2010, l'Allemagne est la première économie Européenne, la "Locomotive" de l'Union. Le problème, c'est que pour arriver à un tel niveau, l'Allemagne a dû opérer des réformes sociales très fortes, qui ont non seulement paupérisé la partie la moins bien lotie des salariés, mais qui aujourd'hui la placent dans une situation de détachement vis-à-vis des pays européens qui n'ont pas engagé de réformes similaires... étrangement, c'est donc entre les mains de la moins pro-Européenne des nations fondatrices que l'UE a placé son avenir.

Le phénomène des "Travailleurs pauvres" (Working poor en Anglais ou Ewerbsarmut en Allemand) n'est pas nouveau : il est apparu dans les années 1980, avec la libéralisation des marchés du Travail, et plus particulièrement dans les années 2000 en Allemagne . Leur nombre, en croissance depuis ces années, en a fait un indicateur retenu par le Conseil Européen pour mesurer la pauvreté. Est considéré comme Travailleur pauvre "les personnes qui vivent dans un ménage dont le revenu équivalent se situe sous un « seuil » de pauvreté égal à 60% du revenu médian national équivalent" (source), autrement dit, ceux qui, tout en ayant un travail, vivent sous le seuil de pauvreté (ayant un travail correspond à un emploi durant plus de la moitié de l'année).

Je comptais réagir à l'article du Figaro - alarmant. Pour autant, ayant vu passé des chiffres différents, et le niveau donné par le Figaro, 20%, me paraissant incroyablement haut, j'ai fait un peu de recherche statistique.
L'Allemagne comptait environ 6% de travailleurs pauvres en 2001 (voir Tableau 1sur ce document), et ce niveau était en 2009 6.8%, la France 6.7% :



Pour éclairer les propos du Figaro, le chiffre montré - le 20% est en fait le nombre d'actifs risquant de tomber dans la pauvreté (source - en anglais), ce qui n'est pas tout à fait la même chose, voire même sensiblement différent. Pour être sûr de ce que j'avance, il suffit de faire un simple calcul : le Figaro propose  20% des travailleurs allemands comme travailleurs pauvres, donnant aussi le chiffre de 6,5 millions d'individus; un rapide calcul nous porte à une population active de 32,5 millions alors que celle-ci était de 42,5 millions en 2008 et qu'elle a augmenté ou stagné depuis. Une erreur de 10 millions...Le niveau ahurissant de l'Allemagne est donc en fait à peu près le même qu'en France (pour avoir une vue d'ensemble et de comparaison des deux pays).

Cependant, le 20% mis en avant par l'Allemagne reste un niveau très haut, témoignant d'une certaine fragilité d'une population "sur le fil du rasoir" (pour autant, pas sûr que le niveau français soit plus bas). Comme abordé dans un article précédant, le marché du travail allemand n'est pas identique à celui de la France, et ne repose pas sur les mêmes principes : il n'existe pas de salaire minimum en Allemagne, celui-ci étant discuté branche par branche entre syndicats, généralement très puissants, et patronat. Pour autant, l'indice des coûts de la main d'oeuvre sont sensiblement les mêmes entre la France et l'Allemagne (le tableau).

Si les syndicats sont effectivement très puissants dans l'industrie Allemande (jusqu'à 90% de salariés syndiqués), ils le sont beaucoup moins dans le secteur du service. L'afflux massif, lors de la réunification, de main d'oeuvre peu qualifiée a fait chuter les salaires dans ce secteur (source), tandis que les mesures proposées par Gerard Schröder ont achevé d'abaisser les minima sociaux dans les postes peu qualifiés du tertiaire; la mesure la plus emblématique étant les "1EuroJobs", ces emplois payés un euro de l'heure en contrepartie de protection sociale.

Ce sont ces extrêmes qui brouillent la lecture de l'économie Allemande. Le 1EuroJobs paraît être une mesure de trop, car elle dévalue le travail du salarié qui en a besoin (voir l'article sur les propositions du RSA).

Bilan ? Alors, même si j'étais parti pour remettre en cause la politique sociale de l'Allemagne, sur la base de l'article du Figaro, force est de reconnaître que l'Allemagne possède de nombreux atouts. Le pays dispose effectivement d'une industrie bien positionnée, reconnue pour la qualité de ses produits, avec des rémunérations des salariés plus hautes, du fait notamment d'une syndicalisation plus importante. Cette industrie, dotée d'un fort esprit paternaliste, arrive à réussir sur la scène internationale tout en maintenant de justes rémunérations salariales. Une nuance, cependant, car les principaux partenaires commerciaux de l'Allemagne restent des pays de l'UE, et plus particulièrement de la zone Euro.

L'Allemagne a cependant du travail sur le plan du tertiaire, en proie à de bas voire très bas salaires, et à un positionnement moins réussi que celui de l'industrie.


L'Allemagne est donc réellement en forme par rapport à ces voisins Européens; elle ne devrait cependant pas oublier où sont ses intérêts - qui sont ses clients et ses consommateurs : l'Europe des dispendieux lui procure toujours des débouchés.

1 commentaire:

  1. Et 'oublions pas que l'Allemagne a réussi à atteindre ce niveau de "forme" tout en faisant face au défi que présentait sa réunification et l'intégration de la population orientale dans son système social.

    Avant d'être un potentiel modèle à suivre, nos voisins sont donc avant tout une source d'expérience à écouter avant de monter sur nos grands chevaux:

    "Oui mais nous ma bonne dame, on est pas comme les allemands! On a un service public!"

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