Monsieur Seux a publié un article le 01/08/2011 qui me laisse pantois (je vous laisse le consulter). Pour résumer la position de l'auteur, lorsque l'on fait le bilan des avantages et des inconvénients concernant l’existence de ces agences, les avantages l'emportent. Soit, pourquoi pas. Monsieur Seux se lance donc dans un listing des inconvénients :
- Les agences sont des générateurs de panique
- Leur expertise est très limitée, elles n'ont pas su anticiper la crise des subprimes
- Elles ont des conflits d'intérêts dans leur gestion
- Leurs analyses sont douteuses du fait de la complexité des sujets traités (à ce sujet : l'article du Monde)
- Elles ont amplifié les crises grecques et italiennes
- Elles ne basent leurs analyses que sur des éléments économiques, et non politique
Jusque là je suis d'accord, j'applaudis, je "plussoie". Mais je m'attends au listing des avantages : que peuvent bien apporter ces pyromanes de la finance ? Et là, les arguments me laissent de marbre :
- Elles ne sont pas responsables du fait que leurs analyses (reconnues d'inutilité publique le paragraphe d'avant) soient lues par des imbéciles (c'est implicite, mais c'est écrit : "les investisseurs qui ont renoncé à faire leur propre expertise") qui leur prêtent trop de crédit.
- Elles ont su dire que le gouffre des dettes souveraines a une fin.
Je ne suis pas convaincu par ces arguments, c'est assez étrange. Le premier consiste à dire que l'on a donné une arme très crédible aux mains d'un enfant qui joue avec un instrument dont il ne mesure pas la portée. Bravo. C'est une preuve complète soit de profonde irresponsabilité, soit de profonde compromission venant des agences. Je ne sais pas dire laquelle est la pire.
Le second me semble tout aussi limité. Si le fait que la dette grecque fût si énorme que l'Etat devienne insolvable était connu par tous, quel mérite y a-t-il à dire, "vous allez trop loin", encore plus si l'on considère que la responsabilité des réactions des investisseurs face à ces analyses ne peut être donnée aux agences de notations ? Non, Monsieur Seux, je pense que pour convaincre, il faudra revoir votre argumentaire.
Un des points sur lesquels je suis bien d'accord, toutefois, c'est que les Etats n'auraient jamais dû externaliser un outil aussi puissant. Donc la réponse s'impose d'elle-même : internalisons ces activités dans les banques centrales et détruisons les agences de notation, ces pyromanes ambulants.
MAJ - Publié dans LeMonde.fr :
Les agences de notation sujettes à des conflits d'intérêts, pour un responsable de la BCE
Les trois grandes agences de notation mondiales sont "sujettes à des conflits d'intérêts flagrants", et une concurrence est nécessaire pour rendre ce secteur plus efficace, a estimé dimanche un haut responsable espagnol de la Banque centrale européenne. "Nous avons un très sérieux problème avec les agences de notation", a affirmé José Manuel Gonzalez-Paramo, membre du Conseil exécutif de la BCE dans un entretien au journal espagnol La Voz de Galicia. "Elles peuvent être mauvaises ou très mauvaises dans leurs recommandations, comme cela a été démontré au cours des dernières années, et elles n'assument pas leurs responsabilités", a-t-il dit. Les agences "sont aussi sujettes à des conflits d'intérêts flagrants. Aujourd'hui elles ont encore tort et basent leurs analyses pas seulement sur des faits mais aussi sur de pures conjectures, avec des informations partielles." – (avec AFP)
Et encore ! Les agences de notations ont mis en évidence leur inutilité depuis... le 2 décembre 2001, jour de la failitte d'Enron, notée AAA...
RépondreSupprimerPourtant, il ne s'agissait là "que" de l'anayse financière d'entreprise, moins imprégnée peut-être de dogmatisme économique...