Dans cet article, l'auteur veut faire la démonstration du principe de la courbe de Laffer (sans le citer d'ailleurs), théorisant la maxime de l'économiste du même nom, Arthur Laffer, "Trop d'impôt tue l'impôt".
Selon cette idée, il existe un point, (T;M) sur la courbe en l'occurrence, qui maximise les recettes fiscales. Au delà, la pression fiscale est telle qu'elle provoque une fuite des plus riches vers des pays plus propices et une incitation à la fraude fiscale. Le problème est que ce niveau T d'imposition du revenu n'est connu empiriquement par personne; il est fonction des périodes, des cultures des pays, etc... La France fait partie des pays où la fiscalité est la plus dure, mais nous y sommes habitués, et le système social est (pour l'instant) suffisamment performant pour qu'il justifie à lui seul le prélèvement d'impôts supérieurs. Si l'explication de Laffer est intuitive, le fait que ce taux optimal d'imposition T soit inconnu la rend difficile à mettre en pratique.
La courbe de Laffer a provoqué beaucoup d'émois, en particulier chez les économistes de l'offre, les néo-classiques, parce qu'elle apparaît plus comme un outil politique que comme une véritable démonstration économique (la présentation complète). C'est d'ailleurs, pour l'anecdote, pendant un dîner que Laffer présenta sa courbe à Reagan. Pour prendre une citation intéressante de l'article présentant la courbe de Laffer :
- "La baisse des impôts de Reagan s'est accompagnée d'un accroissement des rentrées fiscales : de 1982 à 1989, les recettes fiscales réelles ont augmenté de plus de 30%. Les impôts perçus à tous les niveaux de l'administration ont été dans une proportion remarquablement constante du PIB durant les 30 dernières années, en dépit des nombreux changements significatifs intervenus dans les structures fiscales de la fédération et des Etats. Les recettes fiscales en proportion du PIB représentaient un tout petit peu moins de 30% en 1982 ; en 1989 elles étaient un tout petit peu plus de 30% du PIB. On ne peut en aucun cas assimiler la baisse des impôts à une baisse des revenus fiscaux en proportion du PIB."
Maintenant, venons-en à la démonstration de Monsieur Delsol, peut convaincante à mon goût. D'abord, mettons au clair l'avalanche de chiffres qu'il nous fait parvenir :
Maintenant que c'est plus clair :
"Lorsque les présidents Hoover puis Roosevelt portèrent les taux supérieurs d'imposition sur les revenus à 63 % en 1932 puis 79 % en 1936, la contribution de 1 % des foyers les plus aisés fut quasi stable, passant de 1,1 % du PIB en 1928 à 1 % en 1940", autrement dit, il y a eu une hausse de 0.1% de la contribution des plus aisés 4 ans après le changement de fiscalité en 1936 (jusqu'en 1936, le taux était de 63%, à partir de 1936 il passa à 79%). Mais de conclure que l'exemple n'est pas bon, parce que "la Grande Dépression continuait de détruire la société américaine que seule l'économie de guerre allait sauver". En somme que l'état de l'économie importante aussi sur les rentrées fiscales.
C'est ce qui me gêne autant dans les déclarations de Monsieur Delsol : le raisonnement, à travers les chiffres donnés, se fait ceteris paribus, c'est à dire toute chose égale par ailleurs, alors que les périodes mentionnées ne sont pas du tout les mêmes en terme de croissance, d'inflation, etc.
Attribuer de facto une corrélation entre ces deux éléments me semble précipité; c'est l'exemple des taches solaires : il y a des crises à chaque tache solaire, c'est donc que l'activité solaire influe sur l'activité économique.
Non, d'un point de vue statistique, le parallélisme de deux séries n'est pas un critère suffisant à l'établissement d'une corrélation.
Mais passons outre. Le message de l'article de Monsieur Delsol est, si je ne m'abuse : N'augmentons pas les impôts, cela pourrait avoir un effet négatif sur les recettes, du fait de l'évasion fiscale et de la fraude fiscale. Oui, mais :
1. La crise actuelle touche presque tous les pays de la zone euro, et les efforts via une augmentation des impôts va très probablement être opérée dans tous les pays, limitant ainsi l'opportunité de l'évasion fiscale.
2. Avec une pression populaire croissante, il n'est pas impossible que la chasse à la fraude fiscale reprenne de plus belle comme l'avait fait E. Woerth en s'attaquant aux banques suisses (qui coopèrent de plus en plus).
3. Au vu des sommes que représente la contribution des plus riches, et au vu de la pression pour une rigueur budgétaire (justifiée ou non), l'Etat ne s'exemptera pas d'une traque plus dure à la fraude, encore moins à un an de présidentielle.
4. Enfin, je suis profondément choqué de l'utilisation mesquine du "Alors à quoi bon ?" de Monsieur Delsol à la toute fin de son article. En somme, pourquoi se donner la peine de chercher à augmenter les impôts des plus riches, de toutes façons, ils partiront sitôt l'augmentation opérée. Autant aller directement à une mesure d'exemption d'impôts, ce serait encore plus simple. Et dans la même logique, supprimons les peines de prison, après tout, les détenus retournent à la vie normale une fois leur peine passée...
Face à une situation qui pèse de plus en plus sur les ménages des classes moyennes, il serait de bon ton que les plus aisés participent à l'effort, et qu'ils fassent preuve du patriotisme dont ils se réclament tant.


Il faut en rajouter dans le cynisme de cet individu, JP Delsol :
RépondreSupprimerLes baisses d'impôts sont une des composantes principales de l'aggravation des déficits publics, et par là des dettes publiques ; c'est d'ailleurs pourquoi "La dette "est de droite"" pour reprendre l'un de vos thèmes.
Donc, non M. Delsol, "la baisse de la fiscalité sur les plus hauts revenus peut accroître les inégalités à certaines périodes, mais seulement parce que les déciles les plus modestes s'enrichissent moins que les plus fortunés" ; c'est surtout qu'en vous suivant, les baisses d'impôts doivent être supportées par les catégories "qui ne sont pas assez fortunées pour être bien conseillées" (rappelez-moi votre profession au passage ?), qui supporteront de plus de plein fouet, les retraits des services publics, et qui verront donc leur situation se dégrader par les débours qu'elles devront consentir à la fois par les impôts (pour rembourser la dette)et par l'achat de services autrefois rendu par l'Etat...
Quant à l'argument que "trop d'impôt pénalise le travail", il faudrait dire à ce monsieur que ce n'est pas en étant salarié que l'on devient riche...