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jeudi 4 août 2011

Revisitons nos classiques pour mieux comprendre l'actualité : la crise de 1929

Parfois, se pencher sur l'étude de l'Histoire permet de comprendre l'actualité, et même de dessiner le futur. L'Histoire donne une grille d'analyse et de lecture des évènements contemporains souvent très fine. C'est pour cela, entre autre, que l'on a tant parlé de la crise de 1929 durant ces trois dernières années. La vie n'est pas un éternel recommencement, même l'Homme, aussi doué soit-il, a une fâcheuse propension à refaire les mêmes erreurs.

Dans le cadre de la crise des subprimes, revenir en arrière sur la crise de 1929 pour en appréhender les analogies est important et pertinent. Redécouvrir les raisons qui ont donné naissance à certaines des idées les plus brillantes peut nous aider à prendre les bonnes décisions.

Rappelons donc comment s'est produite la crise de 1929, remontons donc un peu avant le 24 Octobre 1929; Marty, fais chauffer la Dolorean !



Nous sommes donc à la fin des années 1920. Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la fin de la Première Guerre Mondiale et la signature du "Diktat". La phase qui suit la guerre est une phase de reconstruction durant laquelle, pour les Etats-Unis notamment, la croissance est très dynamique. Son économie florissante voit la finance mondiale la rejoindre, déménageant de Londres pour New York, à Wall Street. L'Allemagne connaît de son côté les conséquences à la fois du Diktat et des tensions politiques générés par l'abdication du Kaiser Guillaume II : une hyper-inflation et des émeutes.
Malgré la position de l'Allemagne, le reste du monde connaît une période de prospérité qui la ramène bien au-delà des niveau de pré-guerre.

Déjà à l'époque, l'économie américaine est une économie basée sur un moteur à deux pistons : un système de crédit très développé, ainsi qu'une forte capacité manufacturière, renforcée par la mise en place généralisée du Taylorisme et de sa forme modifiée, le Fordisme. C'est ce système qui fait défaut le 24 Octobre 1929, le "Jeudi Noir". A l'occasion de l'explosion d'une bulle spéculative, Wall Street voit en une journée près de 13 million d'actions mise en vente. A cette période, énormément de particuliers sont des spéculateurs. Le système se basait sur un accès facilité au crédit pour pouvoir spéculer en bourse. En une journée, l'ensemble des gains de la bourse sur un mois sont réduits à néant. Cela sonne le glas pour beaucoup de particuliers qui voient leur capital disparaître et leur dette rester. Dans les mois qui suivent la panique, la situation se dégrade rapidement.
La surproduction générée par la productivité du taylorisme, couplée à l'évaporation de la demande provoque la banqueroute de nombreuses entreprises.

De 1930 à 1933, plusieurs paniques se succèdent aux Etats-Unis, où près de 9000 banques disparaissent et avec elle pas moins de 15% des dépôts bancaires. Ce sont les runs, ces paniques représentées par les photos de queues à l'entrée des banques pour y retirer les dépôts, ainsi que le maillage de liens Débitrice-Créditeur entre les banques qui provoquera la contagion. Peu de personnes, privées ou morales, s'étaient préparées à un tel séisme : les années fastes de la décennie avaient émerveillées chacun, le progrès technologiques ont renforcé cette euphorie (La Radio a connu le même succès qu'Internet actuellement). Le chômage s'aggrava profondément, atteignant des taux jamais vus : 25%.

Ce qui est particulièrement intéressant sur cette période est la guerre théorique qui oppose les économistes dits    "classiques", descendants directs de Ricardo, et de Walras. Dans ce courant de pensée, l'économie peut être mathématisée. On travaille donc à partir d'équations.
Les recommandations fortes de ce courant sont notamment d'éviter le plus possible l'Etat et son intervention, car les marchés, c'est à dire les places virtuelles de rencontre de l'offre et de la demande se régulent toutes naturellement. Deux exemples forts montrent à quel point la croyance dans ces allégations était poussée : la première, c'est l'explication de la montée du chômage à cette période là. Si le marché du travail ne s'auto-régulait pas pour revenir au plein emploi, c'est que les chômeurs refusaient un salaire plus bas ou de migrer vers un autre secteur, bloquant le marché du travail sur une demande de travail (les entreprises) réduite. Pour les économistes classiques, l'une des solutions était donc de forcer les salaires à la baisse.

Le deuxième exemple porte sur la faible demande et la conviction que celle-ci allait naturellement remonter : Pour Pigou, économiste à Cambridge qui donna son nom a l'effet de la démonstration (ou effet d'encaisse réelle), tout reposait sur une simple équation C+I = M/P, où C = Consommation, I = Investissement, M = la quantité de Monnaie en circulation (constant) et P = les prix. Ainsi, si s'opérait une diminution de la demande globale (C+I), alors les prix baissaient, réajustant de facto un équilibre sur les marchés en atteignant le niveau de prix désiré par la demande. Un mécanisme fabuleux, qui se fit longtemps attendre. Samuel Beckett aurait pu renommer sa pièce "En attendant Pigou", le principe était le même.

De l'autre côté, on vit l'influence de J.M. Keynes s'accroître rapidement avec l'inopérance des théories classiques. Cet économiste, à l'époque iconoclaste, cessera de considérer l'économie sous l'angle mathématique, et, influencé lui-même par le développement de la psychologie, il induira les notions de confiance et de comportement des consommateurs. Ainsi, le mécanisme de Pigou reste inopérant dans la mesure où les consommateurs, privés, du fait du chômage et des salaires bas, de revenus, ne peuvent consommer autant qu'ils le voudraient, et thésaurisent leur monnaie disponible au lieu de consommer (en prévision de jours meilleurs). Les entreprises, elles aussi, protègent leur futur en évitant d'investir.

C'est la spirale déflationniste : la baisse des prix pousse les entreprises à moins produire pour maintenir une rentabilité, ce qui pousse à l'augmentation du chômage, donc à la réduction des revenus et de la consommation, et donc des prix.

Il importe donc de relancer la consommation. A défaut d'avoir un levier sur C (Consommation des ménages), Keynes propose que l'Etat agisse sur le levier I (l'Investissement). Cela donnera naissance au concept de politique budgétaire de relance : lorsque la demande n'est plus suffisante, l'Etat doit se substituer au consommateurs et aux entreprises par une politique de grand travaux.

D'un point de vue monétaire, il faut générer suffisamment d'inflation en accroissant la masse monétaire disponible pour éviter la tésorisation et inciter à la fuite devant la monnaie : une consommation plus tôt pour éviter de voir son pouvoir d'achat rétrécit par la croissance des prix. L'inflation permet de plus une augmentation des prix, et donc une diminution de la valeur du capital : autrement dit, l'inflation permet d'éviter les bulles spéculatives en poussant à la consommation et non à l'épargne. Elle permet aussi un transfert de richesse vers l'emprunteur en rendant son accès au prêt moins cher.
J.M. Keynes préconisait l'"Euthanasie des rentiers" qui nuisent à l'économie réelle en générant de la richesse à partir de spéculation. Ils sont sources d'incertitude accrue, et sont selon lui à bannir de la société.


Au delà des théories et de l'Histoire, deux éléments peuvent nous donner des pistes sur la manière de gérer la crise actuelle :
- La première, c'est que l'Homme croit, de manière irraisonnée parfois, en certaines théories. Il s'agit dans ce cas de savoir les remettre en question. On nous parle de marchés, de la puissance de la finance dans l'économie mondiale, et de son importance. D'accord, mais pourquoi ? Pourquoi ne pas tenter sans ou avec moins ? L'Islande n'a pas l'air de mal s'en tirer en ayant refusé de payer. Le dogmatisme de certaines théories cache souvent des intérêts financiers d'une minorité. C'est le cas actuellement. L'"Euthanasie des Rentiers" dont parlait Keynes, pourquoi ne devrait-elle pas s'appliquer ici ? Sans tomber dans la caricature des riches contre les pauvres, qu'est-ce qui justifie actuellement que l'on tolère les voyous de la finance ?

- La deuxième, toujours sur la finance, consiste bien à voir la réaction et les préconisations des hommes d'états et des économistes après 1929 : se méfier et réguler la finance. De Gaulle n'était ni communiste, ni socialiste, et il a pourtant nationalisé les banques françaises. La régulation de la finance est devenu un moyen primordial pour s'en protéger. Pourquoi ne pas revenir à une régulation de ces marchés ? Tout en retenant la leçon de la crise des années de 1970 et de l'inflation, ne peut on pas aller vers la mesure et la régulation ?

- Dans un article récent de Kenneth Rogoff, ancien économiste au FMI a récément écrit un article sur la crise actuelle. Sa préconisation pour stabiliser l'ensemble des marchés, est d'avoir recours à l'inflation, dans une mesure raisonnable allant à 6%, afin de faire taire la spéculation. Keynes n'est pas mort.


Malheureusement, notre BCE n'étant pas habilité à une telle mission, les problèmes de dette souveraine risquent de durer un moment.

Pour ceux que ça intéresse, une sélection d'articles sur le sujet :


Dissertation de PY. HAUTCOEUR de la Paris School of Economics 

Une réaction du Nobel de 2008 P. Krugman (en anglais)

Une série d'articles d'alternatives-économiques sur la crise de 1929 :
#1 - Quand 2009 questionne 1929
#2 - Les seigneurs de la finance : les banquiers qui ont ruiné le monde
#3 - Crises financières : leçons d'histoire

Un article de Marianne sur « La crise économique de 1929, anatomie d’une catastrophe financière » de J.K. Galbraith





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